Marie Claire Maison - 19.02.07
Colocation, la solution
Aujourd'hui, tout est plus cher qu'avant, surtout l'immobilier. Et comme la tendance, c'est le partage, la solution, c'est la coloc. Enfin, à condition d'éviter les pièges de ce nouveau mode de vie.
La colocation, c'est dans l'air du temps
Certes, c'est un remède à la hausse des loyers. Mais aussi un moyen de palier la solitude. Le vieux rêve avorté de la vie en communauté, c'est ce que porte en son subconscient tout candidat à la colocation. Moi, c'est plutot le film "L'Auberge espagnole" qui me fait rêver. Ou Rachel dans "Friends". Car la colocation, cela fait longtemps que nos voisins anglo-saxons la pratiquent. Heureusement pour moi, la France s'y met enfin: on estime aujourd'hui qu'entre 6 et 10% des locataires français sont des colocataires. Et une bonne partie d'entre eux a plus de 25 ans.
La colocation, ce n'est pas que pour les étudiants
J'ai 30 ans; je ne suis plus étudiante; je ne suis pas une jeune célibataire mais une jeune divorcée avec enfants. Et je suis candidate à la colocation. Car si la majorité des colocataires sont des étudiants ou des célibataires, ce mode de vie est desormais pratiqué par d'autres types de profils. Voici les "neo-colocs" :
Les quadra : comme mon copain Marc, qui a les gouts de luxe de son age: "Je préfère partager un sublime loft de 150 m2 que vivre comme un rat dans une boîte à sardines."
Les divorcés-avec-enfants-en-garde-partagée : les enfants resteraient dans I'appartement familial et une semaine sur deux, je co-Iouerais un appartement avec des copines.
Les personnes âgées : ma tante Lucienne, 82 ans, vient d'opter pour une coloc avec Simone, 86 ans, et Andrée, 80 ans...
Les "délocalisés" : Bertrand, prof d'université, vit à Lyon mais travaille à Paris. La semaine, il partage un appartement avec des collègues, et visiblement, vit une seconde jeunesse.
Les travailleurs de nuit : Rose, une charmante infirmière de nuit canadienne, partage son studio et son lit avec une amie infirmière de jour (chacune change les draps en partant). Un peu extrême, mais comme elle le dit si joliment, "peu dispendieux".
Trouver une colocation, c'est une aventure
Trois cas de figure :
1) Je n'ai pas d'appartement mais j'ai les colocataires (mes copines d'enfance Sarah et Cécile, ce qui n'est pas en soi une garantie de bonne entente). Donc nous trouvons un appartement par les moyens classiques, et surtout nous bétonnons notre dossier (la propriétaire, madame Mangetout, est plutôt réticente à I'idée de "co-Iouer" son appartement: elle nous soupçonne de pratiques illégales).
2) J'ai déjà l'appartement (j'ai récupéré celui de mes parents) mais pas les colocataires. Je dépose une annonce en cliquant la case "je propose un appartement". J'indique que je recherche des garçons. Cela tombe bien: d'après les statistiques, les hommes sont très désireux de co-Iouer...
3) Je n'ai ni colocs ni appart. Je cherche sur Internet : www.easycoloc.com, www.kel-koloc.com, et www.colocation.fr, sont trois sites très complets qui proposent des annonces mais aussi des témoignages, trucs et astuces pour faire Ie bon choix.
Si je suis d'humeur festive, je vais au "Jeudi de la Colocation": Ie premier jeudi du mois, à Paris, Lyon et Marseille, a lieu dans un bar une réunion entre "offreurs" et "demandeurs" de colocations. Moyennant 5 E, je suis accueillie par des "colocs angels" qui m'épinglent un badge rouge signifiant que j'ai I'appart, mais pas les colocataires (ceux qui recherchent un logement out un badge bleu). Ils se jettent tous sur moi! Le principe: s'attabler quelques instants pour faire connaissance. Le problème, c'est qu'a force de "boire un verre", a la fin de la soirée je suis prête a cohabiter avec n'importe qui!
www.jeudidelacolocation.org
Une colocation réussie, c'est un bon casting
Vous I'avez compris : tout se joue sur le choix des colocataires. Imaginez un entretien d'embauche mène par le dirigeant d'une grande chaîne de télévision privée (synonyme de dictateur). Eh bien, c'est exactement ce que je vais faire subir à mes propres candidats. Voici, a titre d'exemple, un extrait de mon questionnaire: "Es-tu plutôt polard ou fêtard? Techno ou Star Ac? MacDo ou resto? M6 ou Arte? Yoga ou Jogging? Slip ou caleçon?" (j'ai 150 questions du même acabit). Car il ne faut surtout pas y aller "au feeling", du style, il a l'air sympa et tres drôle, ce petit brun roux à lunettes (qui se révélera avoir des pulsions de mort). D'ailleurs, il est déconseillé d'emménager avec des amis. Car il est plus facile d'être en désaccord avec un inconnu (on a plus de retenue). Dans mon cas, quand mon amie Cécile a averti mon amie Sarah que si elle ne rangeait pas ses bigoudis chauffants elle allait les lui coller..., bref, j'ai compris que je devrais bientôt me trouver de nouveaux colocataires, et de nouvelles amies. Il est également déconseillé d'emménager avec un couple : s'ils se disputent ou se séparent, ça me plombe. S'ils sont trop amoureux, ça me plombe encore plus. En revanche, il est conseille de choisir des colocataires étrangers: le choc des cultures incite à la tolérance, paraît-il.
Une colocation réussie, c'est une organisation redoutable au quotidien
La différence entre un couple et une colocation, c'est que dans un couple, on fait des concessions par amour et par tradition. Pas dans une colocation. Et comme j'ai la vague impression que mon nouveau coloc Mathieu confond les mots "femme" et "femme de ménage", je dois remédier a ce petit souci. Un seul mot : Ordnung ! Cela fait peur, n'est-ce pas? C'est fait pour. Il faut absolument fixer des règles strictes et tout prévoir en détail et par écrit : la réparation des parties communes et des chambres, les dépenses, les corvées ménagères (le sujet de disputes, de I'avis général), le bruit, le frigo, et le droit ou non de recevoir son (sa) petit(e) ami(e) pour la nuit : ceci constitue le pacte de colocation, qui doit être signe par tous. Je peux aussi me servir de la charte du locataire établie par www.colocation.fr.
Une colocation réussie, c'est une colocation très formelle
Le contrat de bail et l'assurance multirisque habitation doivent être signes par tous les protagonistes, qui disposent des lors des mêmes droits et obligations vis-à-vis du propriétaire, et peuvent ainsi bénéficier d'éventuelles aides au logement (www.caf.fr). Car la sous-location est non seulement illégale, mais dangereuse. L'état des lieux, précis, doit être joint au contrat de bail. Si je suis propriétaire, je peux exiger (et c'est d'ailleurs mon intention) I'insertion d'une clause de solidarité dans le contrat de bail. En gros, cela signifie que si mon colocataire ne paie plus sa part, les autres sont tenus de la régler à sa place. Cela signifie aussi qu'en cas de départ ou de substitution d'un colocataire, je peux résilier le bail pour rupture de solidarité. La caution solidaire: c'est une autre garantie de paiement demandée par le bailleur quand les colocataires sont étudiants ou lorsque le loyer et les charges dépassent le tiers de leurs ressources, et qui est en général représentée par les parents. En France, la coloc s'adresse en priorité aux CSP+ ! Pour plus d'infos, j'achète "La Colocation, mode d'emploi pratique et juridique", aux éditions Vuibert.
Donc voilà: la colocation, c'est a la fois complique, risqué, aventureux même, mais aussi, à condition d'être cool, économique, convivial et enrichissant. Et un moyen extraordinaire de se faire de nouveau amis. C'est exactement ce dont j'ai besoin.
Vanessa Lepage
Marie Claire Maison