Accueil >
Guide de survie > Les clés du psy > Clés Pratiques
Clés Pratiques : Co-Locataires = Co-Locuteurs
Ici, pas de "truc" psychologique ou de recette de communication, mais des repères généraux à
visée pratique. Il vous faudra donc les adapter à chaque contexte. Selon le lieu, le moment
et les personnes en présence, un problème n'est jamais semblable (vous-mêmes êtes différents),
même si des similitudes apparaissent.
Donc, embarqués dans l'appartement commun sur le grand fleuve de la vie, le frigo bien garni,
comment allez vous prévenir et gérer les conflits pour ne pas transformer le navire en galère ?
Nous avons relevé que les questions de nourriture et de territoire (par exemple), dans un
contexte où il est toujours plus facile de fonctionner par habitude qu'en observateur averti
pratiquant la "décentration piagétienne", donne un mélange quelque peu détonnant... Sauf si
vous savez qu'en langage commun cette "décentration", préconisée par Jean Piaget (psychologue
expérimentaliste, 1896-1980), consiste à prendre du recul sur nos habitudes personnelles, nos
évidences et nos présupposés culturels ou théoriques, tout en observant que les autres n'ont
pas les mêmes habitudes ni les mêmes évidences ou les mêmes solutions que nous, bien qu'elles
soient ni plus ni moins appropriées que les nôtres dans telle ou telle situation.
Cette
"décentration", particulièrement rafraîchissante pour l'esprit et pour nos relations, est
aussi une façon tolérante et conviviale de gérer les différences en les partageant sans les
juger. Ce qui, finalement, permet à chacun de mieux s'adapter aux besoins des uns et des autres
et de réduire d'autant les risques de conflits. Encore une fois, personne ne dit que c'est facile,...
mais c'est bien plus compliqué autrement !
Notre propos n'est pas d’apprendre à changer "les autres" ou "le monde", mais quelque chose
en nous que nous avons décrit comme une "dictature grégaire". Ce qui précède
(Clés Théoriques)
peut, à tout moment, nous aider à reconnaître son action dès son apparition. Et cela, avant même
qu'elle ne devienne assez puissante pour troubler notre esprit au point de rendre nos actes
préjudiciables aux autres et donc à nous-mêmes (puisque nous sommes interdépendants). Voici
quelques repères et conseils pratiques :
1) Le conflit n'est pas un problème en soi, mais une occasion de mieux se comprendre et
d'apprendre, ensemble, à résoudre un problème éventuellement partagé. La recherche de solution
est prioritaire avec, face aux comportements non respectueux, des limites justes et posées
sans détour ni retour. Tandis que la confrontation agressive ou violente à pour objectif (archaïque !)
de vaincre l'adversaire, que la démission et la soumission balancent entre l'évitement ou
l'indifférence et l'effacement devant l'autre, il existe une alternative qui permet de
construire ensemble la relation : l'approche non-violente du conflit avec comme pivot
dialogue et négociation.
2) Etre amoureux, amis... et/ou colocataires ne vous garanti pas d'avoir les mêmes attentes
ni le don de télépathie ! Si vous ne dites pas les choses (ce qui est important pour vous,
vos attentes, vos difficultés, vos règles du jeu, votre "mode d'emploi", etc.), alors
personne ne les devinera...
3) Qu'il soit un homme et que vous soyez une femme, et/ou que vous ne soyez pas de la même
génération ou de la même culture, le constat est le même : malgré les dictionnaires,
les mots et les actes ont rarement le même sens pour votre interlocuteur et pour vous-même
(sens qui peut aussi varier selon le contexte énoncé : lieu, moment et personnes en présence).
Alors, avant de conclure et de réagir, posez-lui la question ou dites-lui (avec diplomatie)
l'hypothèse que vous faites sur ce qu'il a dit ou fait. Se comprendre l'un l'autre, c'est
s'ajuster, c'est accorder avec patience nos instruments pour jouer ensemble avec harmonie.
4) Si votre relation est aussi précieuse que votre temps, alors l'une et l'autre sont
faits pour se rencontrer dans le dialogue : la relation demande du temps et du dialogue,
le dialogue demande une relation et du temps. Quant au temps, il ne demande rien d’autre
que d’être au service de la relation et du dialogue.
5) Souvent, nous avons peur de parler parce que nous nous sommes trouvés dans des situations
où cela avait aggravé le problème. Nous pensions alors engager un dialogue alors que le
terrain était "miné"... En fait, beaucoup de gens n'ont eu l'expérience de la parole qu'à
travers des rapports de force. Les mots devenant des armes au service d'un "enjeu grégaire"
où c'est à qui marquera sa dominance en ayant le dernier mot.
Vous aurez peur et vous retrouverez souvent cet échec du dialogue. Toutefois, si vous ne
perdez pas de vue votre objectif, les moyens proposés ici et certaines qualités comme la détermination
et le respect de vous-même et de l'autre, alors vous trouverez ce dialogue avec vos proches...
sinon, avec d'autres personnes qui pourront devenir aussi vos proches.
6) Si parler est trop difficile sur le moment, faute de réussir à gérer vos réactions émotionnelles
respectives, pourquoi ne pas vous écrire ? Donc, on temporise, on prépare, puis on s'envoie un mail,
par exemple. Un petit clic vaut mieux qu'une grande claque ! :-)
Ce qui, d'autre part, vous donnera le temps d'apprendre une technique de relaxation pour la prochaine
fois... Car l'autre n'est pas un punching-ball, mais un être sensible comme vous ! Et on ne peut
pas écouter vraiment sans être quelque peu vulnérable.
7) Lorsque le dialogue est trop difficile, vous pouvez faire intervenir un "médiateur".
C'est une tierce personne qui aide à rétablir la communication. Ce n'est ni un juge ni un
arbitre. Son rôle est de permettre à chacun de s'exprimer et d'écouter à tour de rôle.
Il aide à une prise de recul sans prendre parti et invite alternativement les uns à se placer
du point de vue des autres dans ce que chacun pense et ressent. Enfin, s'il en connaît les
principes, il peut proposer aux interlocuteurs en conflit d'appliquer une méthode de
"résolution de problème" ou de négociation.
A cette fin, vous pouvez également faire appel à un "Coach-Médiateur", professionnel aux
champs d’intervention variés et dont les conseils et la pratique peuvent aussi être centrés
sur les enjeux des relations en situation de colocation. Pour que tout se passe au mieux
sous le toit colocatif, il peut vous aider à améliorer la communication et donc la gestion
de vos émotions, l'affirmation de soi respectueuse et adaptée, la prévention et la gestion
des conflits. Selon sa formation et ses compétences, il pourra vous aider à régler un
problème individuel (coaching, psychothérapie) ou vous faire bénéficier de son savoir-faire
avec l'ensemble des co-locuteurs. Son propos n'est pas de vous faire ingurgiter des
recettes aussi brillantes qu'indigestes, mais de vous inviter à mieux se connaître
soi-même dans le miroir de nos relations… afin d'être plus créatif en situation.
8) Comme nous l’avons vu, les mots et les actes ont rarement le même sens pour chacun.
Communiquer, c'est aussi s'ajuster régulièrement, l'un l'autre, sur le sens des actes et
des mots. Au sein même d'un vécu émotionnel (anxiété, colère, amertume, grande tristesse,
inhibition), une très bonne (bien que difficile) solution est de formuler vos émotions
et vos besoins en restant "descriptif" et centré sur vous-même (ex.: "Je me sens en
colère..." "J'ai envie de te faire des reproches, et je n'arrive pas à dire ce que je
veux vraiment."). Cela vous évitera de projeter sur l'autre ce qui vous appartient de fait.
L'autre pourra vous aider (s'il le peut, car c'est aussi difficile) en faisant preuve
d'une "attitude empathique" (tentative de vous comprendre sans vous imposer ses
interprétations ni vous juger). Cela veut dire qu'il peut mettre des mots simples
sur les émotions qu'il vous voit vivre (ex.: "Tu me sembles triste."), vous inviter
(sans faire pression), avec des questions ouvertes (on ne peut pas y répondre par
"oui" ou par non"), à exprimer ce que vous voulez dire (ex.: "Que se passe-t-il ?")
et accueillir simplement, même en silence, ce qui se passe (ex.: "Je comprends que
tu ressentes cela."). Il ne peut jamais prétendre être à votre place ni savoir ce
que vous pensez. Ce ne serait plus de l'empathie. Un grand bonheur est aussi une
émotion qu'il faut savoir accueillir en offrant à l'autre l'espace pour le vivre et
pour l'exprimer, tout simplement.
9) Souvenez-vous que les meilleures solutions peuvent être simples. Leurs
caractéristiques essentielles sont d'être respectueuses de vous-même et des autres.
Elles ne vous entraînent ni dans la dépendance d'une drogue (alcool et tabac compris)
ni sous l'emprise de quelqu'un. Elles vous rendent vite plus "intelligent", c'est-à-dire
à la fois créatif, sensible et rationnel et donc plus serein et dynamique. Pourront
contribuer à cela : la relaxation, la musique (choisissez-la complexe), la "prière" si
vous êtes croyant (expérience consciente de ne rien vouloir), marcher sans poursuivre d'objectif
et se sentir simplement exister (c’est l’objectif !) en observant sans juger, écrire pour
s'exprimer ou mettre ses idées au clair, explorer d'autres points de vue que les vôtres, etc.
Si vous avez mal, observez comment la souffrance psychologique, ainsi que le manque, ne
peut rester très intense plus de quelques minutes. Voyez comment elle fait des vagues qui,
de tempête, deviennent simple houle, puis s'espacent jusqu'au calme d'une mer de plus en
plus "trans-lucide". (Bien sûr, si cela se passait autrement, consultez sans attendre.)
10) Restez toujours ouvert à une possibilité inconnue (jusqu'à son émergence en situation)
pour ne pas vous enfermer dans des principes ou dans une marche à suivre. Ce point est
probablement le plus important de tous. Quand nous ne sommes pas sûr de nous, la solution
n'est pas dans un "sentiment de certitude" sur soi ou sur les choses. Différemment du doute
(qui est une manière d’être certain que rien n’est sûr), une pensée probabiliste est
plus proche du réel et permet donc de mieux s’y adapter (sans se résigner, mais pour
se libérer de dictatures intérieures).
Si, lorsque vous appliquez l'une de ces solutions, vous vous sentiez plus mal et que
vous n'étiez pas accompagné (par un médecin ou par un psychologue), arrêtez. Essayez
une autre solution ou consultez.
Chacun de ces points est une solution en soi qui, au travers de son application sincère,
peut libérer l'esprit de "l'étreinte grégaire" qui étouffe tant de monde. Cela demande
de la réflexion à priori et de l'entraînement en situation (d'abord très simple pour se
motiver avec quelques réussites, même modestes).
Et puis, observez-vous vous-même, avec l'indulgence que vous auriez pour les premiers pas
d'un petit enfant, en vous donnant du temps : Comment passez-vous d'un "registre grégaire"
à un "espace intelligent" et inversement ? Qu'est-ce qui déclenche ces "bascules" en vous,
dans tel lieu, à tel moment, avec telle personne ? Ne cherchez jamais à être "parfait"
sur ce terrain-là... (C’est un concept sans fondement.) Observez, accueillez, faites ce que vous pouvez.
Faites-le. "C'est tout."
Ainsi, toute relation positive est un formidable creuset où chacun(e) de nous, avec
l'autre, peut se lever et se révéler souvent un "être de paix et d'évolution"… même en
situation de colocation ! :-)
__________________
__________________
Vivre en harmonie
Clés Théoriques
Clés Pratiques : Co-Locataires = Co-Locuteurs
En guise de conclusion

|