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Préambule
Quelles soient implicites ou explicites, nous avons tous des théories pour
décoder le monde et guider nos actions. Dans nos relations, il peut être utile
d'avoir une théorie explicite et cohérente pour mieux comprendre ce qui se passe
en nous et faire des hypothèses (à vérifier toujours) sur le comportement des autres.
Attention, une théorie ne doit jamais cautionner un jugement définitif ni surtout se
généraliser jusqu'à (comme on l’observe trop souvent) s'imposer comme idéologie !
Je vous propose ici une théorie qui présente des repères forts pour faire face aux
enjeux de la vie en groupe, dont les ressorts vous seront ainsi plus clairs. Cette
théorie s'appuie sur plusieurs disciplines scientifiques (éthologie humaine, neurosciences
cognitives et comportementales, psychologie sociale et interculturelle) dont vous
trouverez quelques références bibliographiques sur euthyma.com.
Vous avez dit "grégaire" ?
"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu'ils en
ont. Ainsi, devant toute imagination pénible, sois prêt à te dire : Tu es une
imagination, et nullement ce que tu parais. Ensuite, examine-la bien, approfondis-la,
et, pour la sonder, sers-toi des règles que tu as apprises..." Epictète, ancien
esclave à Rome et célèbre philosophe stoïcien.
Le mécanisme des petites et grandes violences violences quotidiennes est souvent le même :
j'agis en réaction à une représentation inadaptée qui surgit dans ma tête, souvent à l'occasion d'un fait extérieur.
Plus j’adhère à cette représentation conditionnée, plus je me retrouve isolé du monde réel, moins
j'arrive à penser rationnellement et plus je me sens mal. Ma capacité à prendre du recul sur cette
réaction peut ainsi se trouver limitée à l'extrême. J'observe qu'il n'y a plus d'espace en moi
(ainsi qu'entre le stimulus et ma réponse), pour observer, ressentir, penser, anticiper.
Comme nous le verrons plus loin, un tel automatisme peut provoquer des ravages
par son caractère obligatoire, excluant d’autres réponses possibles (c'est ce
qui distingue, en partie, nos conditionnements perturbants de l'ensemble de nos conditionnements utiles).
Et cela d'autant plus qu'il est accompagné, alors, d'une émotion pénible
telle qu’une humeur anxieuse, agressive ou dépressive... réponse émotionnelle héritée de nos lointains ancêtres.
Comment comprendre ce qui nous arrive et se sortir de là ? Faisons d'abord un
petit état des lieux en "forçant le trait" à propos de cette "partie de nous
héritée de nos ancêtres lointains" et de certaines tendances à un "fonctionnement
grégaire". Voyons ensuite ce qu'il se passerait si nous étions débarrassés de
ce fonctionnement (ce qui est une hypothèse de travail, la réalité se situant
quelque part entre deux extrêmes, avec des écarts plus ou moins fréquents et
importants). Enfin, j'envisagerai avec vous ce que vous pourrez faire de tout
cela en situation de colocation.
Le terme "grégaire" (du latin gregarius, de grex, gregis : troupeau) s'applique
au mode de fonctionnement des mammifères qui vivent en troupeau ou en bande
(comme les vaches, les moutons, les gnous,... et parfois même les colocataires :-).
Il est à distinguer du terme "sociabilité", utilisé plus loin.
Au cours de son évolution, la puissance grandissante des capacités cérébrales
de l'Homme a entraîné l'hypertrophie désastreuse de son côté grégaire. L'expression
de Plaute "L'Homme est un loup pour l'Homme." n'est donc que partiellement
juste !... Le loup est un animal éminemment grégaire, mais sa nature grégaire
ne peut recruter et assujettir, comme chez nous, des capacités cérébrales
supérieures... et les asservir, si souvent, à des fins archaïques. Ce "piratage
intérieur" fait exploser toutes nos régulations naturelles et nous entraîne parfois à
nous détruire les uns les autres... sans parler du reste.
Chaque enfant passe naturellement par ce "stade grégaire", généralement régulé
par son entourage familial. Mais, au lieu de se retirer progressivement à
l'arrière plan pour servir sa "sociabilité", ce mode de fonctionnement
s'installe, détourne et parasite les "fonctions supérieures" arrivées à
maturité au cours de l'adolescence. Le "grégarisme" est très efficacement
encouragé et normalisé par certaines pédagogies, les pairs, les médias, les
"acteurs économiques" avec leurs conceptions de la "réussite" et des moyens
pour y parvenir, ainsi que par les comportements exemplaires de bon nombre de
personnalités politiques... nos élus ! Cette tendance est ainsi très tôt
renforcée, avec un impact variable selon différents facteurs dont les principaux
sont les repères acquis dans l'éducation (la solution n'est donc pas d'isoler
l'enfant de toute influence extérieure).
Quel tableau ! Et la colocation dans tout ça ?
En rejoignant nos semblables, nous pourrons nous souvenir de cette tendance en
l'Homme, décrite ci-dessus, l'observer et tenter de la désamorcer dès son apparition.
Notre "système d'alarme émotionnelle" nous averti du danger : il détecte immédiatement
les assauts conditionnés de cet "ennemi venu de l'intérieur".
Au moment où celui-ci détourne et censure notre "intelligence", cette alarme
hurle sous la forme d'anxiété, d'agressivité ou d'inhibition (trois émotions
servant, par ailleurs, à répondre aux dangers immédiats pour la survie).
Ce qui, faute de l'identifier ainsi, n'arrange rien à notre confusion.
Bien sûr, quand nous constituons ou que nous rejoignons un groupe de
colocataires, il nous faut trouver nos repères, faire connaissance,
rendre explicite ce dont nous avons besoin, etc. Mais, la vigilance
est de mise : basculer "du côté grégaire de la force" :-) est rapide
et transparent. A moins d'avoir observé souvent ce phénomène en nous-mêmes, nous
pouvons nous retrouver très vite et durablement sur "pilote automatique".
L'illusion peut aller jusqu'à dénoncer, chez notre interlocuteur, cet
état même que nous sommes entrain de subir, sans nous en rendre compte
sur le moment.
Styles, goûts, rythmes, générations, sexes, cultures d'origine, savoir-faire, ... composent avec bonheur notre
diversité et notre richesse. Mais, il arrive que nos exigences grégaires récupèrent nos particularités comme prétextes à
des conduites irrespectueuses... en toute cécité. Voyez, pour exemple, le frigo. L'air
de rien, ce grand coffre-froid qui garde au frais l'identité alimentaire de chacun, répartie
en petits territoires bien délimités mais pas toujours respectés, ... peut devenir une morgue
en puissance pour les meilleurs rapports colocatifs !
Cela vous étonne ? OK, ... voici une brève "auto-psy" du phénomène : voyez comme l'engin
rassemble tellement d'objets signifiants, tant pour notre "côté grégaire" que pour
nos "instincts de survie" (plus anciens, mais présidant toujours aux pulsions
qui fondent bon nombre de nos motivations d'êtres humains civilisés...). S'assurer
de boire, de manger, puis marquer son territoire et son "identité régionale"
(vous savez, les odeurs, les couleurs, les marques de yaourt, etc.),... tout
cela ne se transgresse pas impunément.
Exemple : imaginez un Reblochon-bien-coulant-odorant remis en liberté près de
la barquette du coloc américain, le saucisson posé carrément sur le pâté de soja
de la coloc végétarienne, les 3 kilos de yaourt du coloc sportif qui envahissent
la première étagère... et la dernière tablette de chocolat du "Reblochon" détournée
par le coloc Untel pour calmer son anxiété fulminante face au Nasdaq plongeant
sur son PC ! Sans parler de la petite amie du coloc sportif qui a oublié de
remettre les surgelés là où ils étaient, après avoir enlevé les pains de glace
qui calment les douleurs et qui encombrent terriblement... Mais, oh ! Qui a
encore laissé la bouteille de jus d'orange ouverte dans la porte du frigo,
ça colle, y'en a partout ?!... :-)
Mais, rassurez-vous, il nous arrive aussi d'exprimer des ressources plus
spécifiques à notre nature humaine. Qu'elles sont-elles et comment les inviter ?
Notre choix théorique nous conduit à mieux voir comment l'hypertrophie d'un mode fonctionnement grégaire limite
la part humaine en nous et augmente largement les causes de souffrance dans notre environnement.
D'une toute autre nature, la "sociabilité" (aptitude à vivre en société) nous permet de constituer un réseau
social fait d'échanges, de solidarité. Un réseau qui, même réduit, est essentiel
au maintien d'une bonne santé physique et mentale, comme de nombreuses recherches
l'ont montré. Cette sociabilité s'appuie alors sur les formidables qualités de l'être humain.
Notre cerveau et notre conscience ont toute la flexibilité permettant d'utiliser
et associer nos ressources (sensibilité, rationalité, logique, créativité, ...)
dans des proportions adaptées afin de répondre, avec nuance, à la diversité, à l'impermanence,
à la complexité de la vie. Ce qui s'exprime alors pleinement, c'est notre "intelligence
créative, à la fois sensible et rationnelle".
Des colocataires "intelligents" ? :-) Utopie et "prise de tête" en perspective,
diront certains ?!... Pour votre tête, comme pour toute "prise", de temps en temps,
il faut bien la mettre au courant ! Et, sûr, on vous la rendra après :-)... Quant à
l'utopie, laissez-la donc aux fanatiques qui sacrifient la relation et la vie au
profit de principes abstraits (encore un exemple de détournement grégaire des
capacités cérébrales supérieures). Il ne s'agit pas de tenter d'être "conforme
à une idée de la perfection", mais, à partir de repères observables et réfutables,
d'avoir le "bon sens" de faire ce que nous pouvons pour inverser avec discernement une tendance dangereuse.
Ainsi, lorsque vous vous rendez compte qu'un objet vous brûle cruellement, laissez-vous la main sur cet objet ?
Tous, même quelques instants, nous avons souvent vécu une "forte tendance à cette
intelligence-là" ! Alors, nous avons pu constater que, dans cet "espace
intelligent", nous n'étions plus du tout concerné par les valeurs grégaires.
Nous avons pu ressentir que notre humeur était d'avantage caractérisée par un
"dynamisme serein" (euthyma),
une sérénité dans l'action ou l'inaction et un solide sens de l'humour. Notre sensibilité étant augmentée, car libérée d'un
grand nombre de tensions.
En effet, nous subissons d'épuisantes crispations liées, en partie, aux composantes
problématiques de l'insatiable "identité grégaire" qui, sans répit, se compare,
s'oppose, généralise, exclue et ne retient que ce qui confirme l'image positive
ou négative qu'elle donne de nous pour "exister". (Exemple : "Que va-t-on penser
de moi si à tel âge j'ai encore fais ceci ou toujours pas fais cela ?...")
Libérée des contraintes grégaires, la sexualité par exemple devient l'un des actes privilégiés
les plus beaux où peuvent s'exprimer toutes les qualités d'une relation. Nous goûtons
aussi plus souvent le plaisir d'être à ce qui est, tout simplement, et le plaisir d'exprimer
nos ressources dans des situations simples ou complexes (sans les compliquer !), seul ou coopérant.
La nature de l'être humain intègre mais ne peut se résumer à ses fonctionnements
archaïques de type grégaire. Ceux-ci doivent être régulés pour laisser place, au
moins, à cette "intelligence" qui fait de chacun un être de paix et d'évolution.
Les femmes et les hommes qui ont exprimé ces qualités-là nous en apportent la preuve.
Arrivé au terme de ce parcours théorique, dont l'objectif est de fonder la
pratique, nous pouvons dire que vivre ensemble, c'est vraisemblablement
apprendre à gérer la diversité dans une dynamique gagnant-gagnant.
Ainsi, la situation de colocation pourrait être comme un sport et un art où
"apprentissage, diversité, interdépendance, coopération" seraient les mots
clés qui feraient le mieux s'ouvrir les portes et vibrer les murs des colocataires...
Enfin, pour "être soi-même", c'est-à-dire pour que cette "intelligence créative,
sensible et rationnelle" puisse naturellement et pleinement s'exprimer, il
nous reste à comprendre, reconnaître puis écarter ou réguler nos fonctionnements
grégaires schématisés ci-dessus. Cela constitue probablement ce que chaque
être humain a de plus beau et de plus nécessaire à réaliser dans sa vie.
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Vivre en harmonie
Clés Théoriques
Clés Pratiques : Co-Locataires = Co-Locuteurs
En guise de conclusion

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