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L'Entreprise - 16.8.2002
L'interview : «La création d'entreprise : c'est ma spécialité !»
Antoine Peytavin et Frédéric de Bourguet, co-fondateurs d'EasyColoc
Frédéric, c’est le petit génie de
l’informatique, ascendant bâtisseur. Antoine, c’est le jeune festif,
toujours en ébullition... Quand ces deux hyperactifs se rencontrent, ça donne une association de deux concurrents
de sites de colocation, des triples activités et 100 idées à la minute. Dernière en date, après
Les Jeudis
de la colocation : le Turbo-Dating, déclinable à
l’infini. Jusqu’où iront ces «turbo-créateurs» ?
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Frédéric : Nous étions concurrents sur le marché de la colocation. Un peu à la «Pepsi-Coca» en moins ambitieux !
Antoine avec Kel-Koloc et moi, avec Colocation.fr et
3615 Colocataires.
Nous sommes devenus partenaires en mai 2001. Antoine avait organisé un grand dîner festif avec les
principaux responsables de sites de
colocation. L’idée d’une concurrence partenariale a fait son chemin. Kel-Koloc s’adresse aux étudiants (18-34 ans)
et Colocation.fr à un public plus mature (35-49 ans).
Nos cibles étaient complémentaires. Ensemble, nous avons
lancé Les Jeudis de la Colocation, sur une idée d’Antoine.
Chaque premier jeudi du mois, 400 candidats
colocataires se choisissent autour d’un verre (7 euros la soirée avec conso). Et comme de nombreux
colocataires étaient célibataires, l’idée du "Turbo-Dating" (rendez-vous express)
est venue à son tour.
Toujours sur une idée d'Antoine. Nous connaissions le concept américain, nous avions la structure et
les clients potentiels. Nous l’avons "latinisé" en laissant plus de temps et de liberté (10 rounds de
10 minutes, le choix des personnes que l’on rencontre...).
Antoine : Nous ne mettons pas la pression. A 18-34 ans, nous espérons qu'ils ne viennent pas chercher la
personne de leur vie ! Encore que des couples se sont déjà formés et même déjà séparés ! Chaque personne
reçoit en moyenne 3 adresses e-mail après la soirée. Et j’ai casé une dizaine de copains !
Comment vous êtes-vous préparés ?
Frédéric : La création de boîte, c’est ma spécialité ! EasyColoc est la quatrième
boite que j'ai
créée, en dix ans. J’ai un tempérament de constructeur et une passion pour l'informatique depuis
l’enfance. Autodidacte en la matière, j’ai développé des logiciels alors que j’étais encore étudiant
à l'Ipag. D’abord sur la gestion du temps (Time Keeper et Office Keeper) puis sur celle des biens immobiliers
en 1998 (DomusOperandi). Je connais bien l’immobilier : une partie de ma famille y travaille. En 2000,
j’ai remarqué que les demandes de colocataires commençaient à détrôner celles des familles. Ce qui m’a
conduit à créer Colocation.fr, le site vitrine du
3615 Colocataires ainsi qu'un guide pratique,
Le Guide de la Colocation. Je surfais sur la tendance «Friends».
Antoine : Etudiant à l’Ecole Supérieure Nationale des Télécoms de Rennes, presque tous mes amis
cherchaient des colocataires et un appartement avec peine. Je leur ai créé un site avec les moyens du bord.
Il y a eu tellement de connexions que j‘ai reçu des mails d’insultes de mon hébergeur ! C’est devenu
Kel-Koloc. J'ai continué à m'en occuper tout en entrant dans la vie active, comme ingénieur d’un
grand groupe de télécommunications.
Comment vous-êtes vous financés ?
Frédéric : Chacun a démarré sur ses fonds propres. Pour ma part, j'ai démarré ma première SARL
avec 50 000 francs d’économies (revenus de stages et cours d’informatiques). Pour EasyColoc,
SARL au capital de 10 000 euros, nous nous sommes associés avec six salariés et partenaires,
principalement des acteurs de l'immobiliers. La société regroupe les activités festives : Kel-Koloc,
les "Jeudis de la colocation" et "Turbo-Dating".
Mais nous restons très attentifs au choix de
nos investisseurs. C'est primordial pour préserver notre indépendance d’esprit, notre créativité
et notre image. Nos multiples activités nous ont permis de préserver cette autonomie, le temps de tester
nos lancements de produits. Si nous sommes encore là après l’e-krach, c’est que nous
avons résisté aux appels des business-angels et autres sirènes. Les sites ne sont pas encore rentables. Mais nous venons de lancer une version payante par audiotel de
Colocation.fr. Aujourd'hui, nos principales sources de revenus proviennent des
annonceurs du guide papier, des sponsors des sites (banques, assurances, télécom) et enfin
des entrées des soirées. Les premiers Jeudis de la colocation étaient
gratuits, en test. Ils sont devenus rentables, au bout de quelques mois.
Quelles leçons tirez-vous de ces créations successives ?
Frédéric et Antoine : La création
d’entreprise : on connaît le chemin, mais il est toujours aussi
tortueux. A chaque fois, il faut deux paires de rames et ramer.
Les obstacles demeurent, mais on les franchit plus vite.
Frédéric : Notre principal enseignement : couper plus vite les branches
mortes. Dès que nous avons vu qu’Internet prenait le pas, nous
nous sommes désengagés du Minitel. Les délais de rentabilité que
nous exigeons pour nos produits sont de 1 à 2 ans. Je ne sais
pas si cette impatience anglo-saxonne est optimale. Voyez l’exemple
du succès tardif de la Smart. Mais la Net économie nous y oblige.
Quels sont vos projets ?
Frédéric et Antoine : Décliner le concept des soirées
"Turbo-dating" sur d’autres univers. Dès septembre,
nous lançons deux nouvelles applications : les "Turbo-Biz", des
Turbo-dating réservés aux professionnels, avec échange direct de cartes de visite.
Des chefs et cadres d’entreprises qui cherchent par exemple des conseils, des
collaborateurs, des partenaires... Et les "Turbo-Coloc", des rounds entre
propriétaires et candidats colocataires. Nous lançons aussi les "Méga-Turbo-Dating"
avec 400 personnes.
Antoine : j’ai pas mal d’autres idées mais j’attends que les gens autour de moi
mûrissent ! (rires : il est le plus jeune)
Frédéric : D’autres projets sont en effet à l’état de test. Je dois m’assurer de
leur rentabilité, de leur pérennité et leur trouver un positionnement.
Quel conseil donneriez-vous à un entrepreneur ?
Antoine : S’armer de courage. Enthousiasmé par un projet, on ne se rend pas compte
de la montagne de formalités qui va suivre.
Frédéric : Agir de façon empirique et investir sans précipitation.
par M. Claustres
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de 40000 euros - RCS Paris B437 734 676
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