J.F ou J.H, cherche J.F ou J.H qui cherche appartement...
Aux "Jeudis de la Colocation", on se bouscule en prenant
une boisson, on discute cohabitation et, si on a de la chance,
on repart ensemble dans la même direction...
Le bistro est minuscule et près
de 80 personnes s'y entassent. Une quinzaine d'autres attendent
devant la porte pour s'acquitter des 4 euros de droit d'entrée
qui donnent droit à une bière ou une sangria. Organisé tous
les mois par les propriétaires du site Colocation.fr
dans
un bar parisien, la soirée repose sur un excellent principe
: faire se rencontrer les gens qui occupent un appart trop
vaste pour eux et ceux qui sont prêts à cohabiter dans un
logement plus grand que la taille de leur compte en banque.
Le "premier Jeudi de la Colocation" s'inspire des First
Tuesday" de la Net économie. Mais pour l'instant, il semble
que trouver quelques millions de dollars avec une vague
idée de site était plus facile que de dégotter une colocation
à Paris ! Dans la salle du bar, les porteurs d'une étiquette
avec un grand "A", possesseurs d'un appartement à partager,
sont en effet peu nombreux. Trois individus de cette espèce
rare discutent ensemble, sans être vraiment dérangés. Au
premier coup d'oeil, les chercheurs d'appart les ont rangés
dans la catégorie des antipathiques, tendance pas net :
ceux qui ont un peu l'expérience de la colocation savent
que les vrais bons plans partent très rapidement... Judith,
infographiste de 29 ans, cherche une coloc depuis qu'elle
est arrivée de Strasbourg il y a quelques mois. "J'ai répondu
à une quarantaine d'annonces sur le Net, se souvient-elle.
Dans les deux tiers des cas, la personne avait déjà trouvé
un coloc quand j'ai téléphoné. La plupart de ceux qui cherchaient
encore étaient plutôt zarbis. Je me suis retrouvée chez
un type qui avait "oublié" de préciser que son appart était
un studio!" Ce soir, c'est un quinquagénaire, à l'allure
sportive qui propose une colocation : Jean-Philippe, propriétaire
d'une maison de 12 pièces (dont 8 chambres) en banlieue.
Il cherche encore trois personnes. La majorité des candidats
ne cherchent pas une colocation pour le plaisir de vivre
en communauté, mais parce que leur revenus ne leur permettent
pas de louer un appart. Budget moyen : 380 euros. Une fille
d'environ 25 ans part au bout d'une demi-heure : elle loue
un 80 m2 à Bastille et cherche une fille pour partager les
1068 euros de loyer. Mais ce soir, tout le monde trouve
que 534 euros, c'est trop! Elle se voit pourtant mal habiter
avec une de ses amies. "C'est une question d'indépendance.
Quand tu es en colocation avec une étrangère, les règles
sont claires. Tu peux te contenter de dire bonjour quand
tu la croises dans la cuisine et décliner la soirée ciné
sans drame..." Faute de plans d'enfer, nombre de chercheurs
d'appart présents à la réunion décident de mettre leur énergie
en commun. Alice, 18 ans, est en première année d'histoire.
Elle vient de sympathiser avec Thomas, Ecossais de 23 ans
assistant d'anglais dans un collège. Comme ils cherchent
dans le même coin de Paris, c'est promis dès demain, ils
se mettront en quête d'un trois pièces à moins de 760 euros
par mois. Laurent a eu le même genre d'idée il y a quelques
semaines. A 28 ans, il s'est décidé à quitter papa et maman.
Comme un de ses potes venait de se faire virer par sa copine
et qu'un autre était muté de Lyon à Paris, les trois copains
ont cherché ensemble. Ils ont repéré, en agence, une maison
de de cinq chambres, dans le XIXe arrondissement. Un meublé
à 2287 euros par mois. Ils cherchent deux colocataires,
capables de se décider vite : Laurent a rendez-vous à l'agence
dans quarante-huit heures. Huit jours plus tard, le plan
s'écroule : le proprio cherchait une petite famille tranquille.
Plutôt que de louer à cinq jeunes, il préfére mettre sa
maison en vente. Déçus mais pas découragés. Laurent et ses
deux potes retourneront au "Jeudi de la Colocation"
le mois prochain. Au cas où... François Persuy