De plus en plus de jeunes sont prêts à partager un appartement
en colocation. A Paris, Colocation.fr organise une fois
par mois des rencontres pour colocataires en mal d'apparts
mis en commun. Par
Dane Cuypers
"Bien sûr, il y a l'argument économique
- un loyer à deux ça change tout. Mais je crois que ceux
qui cherchent une coloc ont d'abord envie qu'il y ait de
la lumière quand ils rentrent." C'est ainsi que le phénomène
"coloc" est résumé par la dynamique Alice, 21 ans, qui organise
les Jeudis de la Colocation. Car il s'agit bien d'un phénomène,
si l'on en croit la vitesse à laquelle se remplit, ce jeudi
soir, Le P'tit Garage, joli bistrot du XIe arrondissement.
Pas vraiment étonnant quand on connaît le prix et la rareté
des appartements parisiens. L'idée d'un lieu où pourraient
se rencontrer celles et ceux qui désirent partager un appartement
est venue d'un service internet, Colocation.fr : les annonces
piochées sur le Net, restait à se voir pour en discuter.
Sur l'étiquette autocollante de Nathalie, visiteuse médicale,
un "A" comme appartement, car elle elle l'une des rares
à en avoir un à proposer. A vrai dire, ce 60 m2, métro Pyrénées,
à 5400 F (le mot euro n'est pas encore dans les moeurs!),
elle ne l'a pas, mais elle le convoite. "Trop cherpour moi
toute seule", précise-t-elle. Elle s'assoit pour discuter
avec une demandeuse. Tout baigne, jusqu'au moment où cette
dernière apprend l'existence de Mudras, le chat de Nathalie...
Exit la potentielle coloc, allergique aux félidés.
Malika, une adorable brunette, éducatrice d'ados, est aussi
porteuse du "A" magique : un trois pièces à Reuilly Diderot.
Son coloc est parti; il faut qu'elle le remplace, vite fait.
"J'ai des colocs qui sont devenus
des amis pour toujours"
Elle a mis une annonce sur le site Colocation.fr et reçu
des coups de fil, mais c'est sans doute ce soir, en live,
qu'elle trouvera son bonheur. pour l'instant, Jérôme, qui
a inscrit "XIe et XIIe" sur son étiquette, est très intéressé.
Lui, il n'a pas de chat et c'est tant mieux, parce que Malika
se souvient d'un certain matou et d'une colonie de puces,
colocataires de son parquet : "L'horreur ! Pour le reste,
il faut juste qu'il y ait du feeling. Un certain respect...
Mais je n'ai jamais eu de problème" affirme-t-elle.
Garçon ou fille? En général, ils ont une préférence. Laurence,
23 ans, attachée commerciale, explique drôlement pourquoi
elle préfère un "mec". En gros, les filles, elle comprise,
font des drames "si t'a pas refermé le bouchon du fond de
teint", etc. "C'est plus simple avec un mec, ou, encore
mieux, deux ou trois, ajoute-t-elle. Comme ça, aucune ambiguïté;
c'est du copinage, et point barre !". Sabine, qui vient
de rompre avec son compagnon, cherche une fille, non fumeuse,
pour partager un 70 m2 à Chatillon et un loyer de 6000 F.
Les possibles partenaires font la moue. Elle argumente :
tout équipé, tout beau, parking, à un quart d'heure de Montparnasse...
Ruma, 31 ans, divorcée, petit béret crâne sur tête, sourit
d'aise. Apparament, elle sent bien l'affaire. Sauf que c'est
vraiment cher ! Elle va faire un tour au fond du café où
officie Anne-Marie. Malgré le brouhaha et la fumée, cette
spécialiste parvient à expliquer aux jeunes, qui, de leur
coté, l'écoutent avec une bonne volonté méritante, ce qu'est
Loca-Pass. elle leur donne aussi un petit dépliant, ainsi
que les coordonnées de l'Adil, l'association qui informe
sur les problèmes de logement.
L'heure avançant, il devient difficile de circuler au P'tit
Garage, mais c'est plutôt gai. Les rencontres sont tout
de suite amicales. Romain est informaticien. C'est un fan
de la coloc. Il l'a experimenté à New York, à Montréal,
et maintenant à Paris. "L'un amène sa télé, explique-t-il,
l'autre, son ordinateur; au final, cela fait un appart super
équipé. Chacun vit sa vie masi s'enrichit de l'univers de
l'autre. Moi, j'ai appris à faire la cuisine comme ça et
j'ai des colocs qui sont devenus des amis pour toujours".
Mais, pour l'instant, c'est marqué sur son étiquette, Romain
cherche Yvan, contacté sur internet. Cela ne l'empêche pas
de tâter le terrain avec Guillaume, informaticien et convaincu
de la coloc, lui aussi. Son béret à la Massoud sur la tête,
Guilaume revient d'un voyage sur la route de la Soie; fort
de son expérience de coloc à Londres et à Hong kong, il
raconte comment il s'y prend : "bien sûr, il y a avant tout
le feeling, mais il y a aussi les détails qui tuent ! Il
faut les régler avant : le ménage, le bruit, les copines
qu'on amène. Une fois que tout est O.K, l'alchimie peut
se faire...". Minuit. Cela s'éclaircit. De petits groupes
sirotent la dernière bière. Nathalie et son chat se sont
branchés sur quelqu''un qui cherche toujours Yvan. Ruma
et Sabine n'ont pas encore conclu. Francesco et Dado, tous
les deux de Rome, et qui ne se connaissaient pas, auront
peut-être envie de se mettre à chercher ensemble. Devant
la pénurie des offres, c'est sans doute la vrai bonne idée.
Pour en savoir plus
Les Jeudis de la Colocation, tous les premiers jeudis du
mois, à partir de 21h.
Site : www.jeudidelacolocation.org.
Entrée : 4 euros avec une conso offerte.
Sur le site www.colocation.fr : annonces sur toute la France, la Belgique et la Suisse.
Le très bon Guide de la Colocation (éd. Colocation.fr) en
commande directe sur www.colocation.fr (5,8 euros).