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Le Monde - 18.9.2002
Vivre en colocation, une solution économique, à condition de s'accorder sur
l'essentiel
Plutôt que de s'étioler dans une mansarde au loyer exorbitant, pourquoi ne
pas partager un grand appartement ? "La colocation permet d'économiser de 10 à 20 % sur le prix du loyer,
et 20 % supplémentaires sur son budget mensuel", estime
Frédéric de Bourguet, fondateur
du site Colocation.fr. Courante chez les étudiants, la colocation
se répand dans les tranches d'âge supérieures. "On misait sur les 18-34 ans, et on voit arriver des colocataires âgés de 35 à 49 ans ;
des personnes qui redeviennent célibataires après une rupture, ou des provinciaux qui travaillent à Paris
pendant la semaine. Il y a même des mères avec enfant, qui emménagent avec des hommes célibataires",
poursuit Frédéric de Bourguet.
Quant au nombre de colocataires par appartement, il est inversement proportionnel à l'âge
des occupants : jusqu'à cinq de 18 à 25 ans, rarement plus de trois au-delà de 30 ans. Outre les
avantages pécuniaires, la colocation peut faciliter la recherche d'un logement en période de crise
(offre rare, loyers élevés) et remédier à la solitude. "Le soir, lorsqu'on rentre chez soi, on est sûr
de trouver quelqu'un à qui parler", dit Lise. "On peut aller au cinéma avec son colocataire, c'est
pratique", ajoute Kris. "La colocation permet d'élargir son cercle de relations, lorsque chacun
invite ses amis à la maison", remarque Nina Testut, sociologue, auteur d'une étude sur ce thème.
Il arrive qu'on trouve un colocataire parmi son cercle d'amis. On peut aussi consulter les annonces
de la rubrique "Partage logement" du magazine De particulier à particulier, créée en 1994. Mais l'outil
idéal c'est l'Internet, comme en témoigne le succès des différents sites. Les futurs colocataires
se rencontrent généralement en terrain neutre, dans un café, aux Jeudis
de la Colocation organisés
par Colocation.fr. C'est ainsi que Kris a donné la priorité parmi les quatre postulants préalablement
sélectionnés sur le site à un compatriote mauricien en mission longue durée à Paris.
Bosseur ou noceur?
La colocation, qui naît parfois d'un hasard ("J'ai invité ma voisine de palier qui devait libérer son
appartement", se souvient Lise), est toujours affaire d'affinité. "La première question n'a pas porté sur l'obligation
d'enlever ses chaussures dans l'entrée, ou de laver le linge blanc séparément, mais sur les loisirs, les sorties",
raconte Marion. Sans se livrer à l'interrogatoire en règle des héros du film de Cédric Klapisch L'Auberge espagnole,
qui met en scène un groupe d'étudiants en quête de logement à Barcelone, il importe, pour une colocation réussie,
de s'accorder sur l'essentiel.
"Fumeur ou non-fumeur ? Matinal ou noctambule ? Maniaque ou désordonné ? Bosseur ou noceur ? Autant de questions
auxquelles il faut apporter des réponses précises, recommande le Guide de la colocation. Prendre des repas ensemble
peut être source de malentendus. Lise a gardé le mauvais souvenir d'une colocataire végétarienne qui ne voulait pas
payer la viande. Le partage du réfrigérateur doit être rigoureusement codifié : mise en commun des provisions ou à
chacun son étagère ?
La tolérance arrive en tête des qualités requises. "Il faut supporter les petites manies des autres, admettre
que les gourmets exigent de laisser le fromage à l'extérieur, plutôt que de le mettre au frigo", dit Marion.
Autre pomme de discorde, le nettoyage. Seuls les nantis pourront recourir aux services d'une femme de ménage. Les
autres devront veiller à un partage des tâches équitable. Il est important de purger les différends avant que
la situation ne s'envenime. Pour les jeunes, avant la vie de couple, la colocation peut ainsi constituer une
initiation au dialogue et à la négociation.
Certains colocataires sont attachés à un minimum de vie collective ; d'autres privilégient leur indépendance.
C'est d'autant plus facile que l'appartement est plus spacieux. Car il y a des colocations confortables (trois
personnes dans un quatre-pièces) et d'autres plus spartiates (à deux dans 40 m2). "Il est primordial que les
colocataires aient un même niveau de revenus", estime Marion. C'est la meilleure manière de rassurer les
propriétaires et d'éviter les ennuis. En effet, selon la FNAIM, 83 % des bailleurs craignent les problèmes
juridiques lors du départ d'un colocataire.
La clause de solidarité entre les colocataires présente une garantie, car chaque signataire du bail
sera redevable de la totalité du loyer pour toute la durée de la location. Les colocataires doivent donc payer
la part de celui qui ne réglerait pas ses dettes, quitte à se retourner ensuite contre lui. Mais peu de conflits
arrivent devant la justice. Preuve que les colocataires sont des gens responsables ?
Pour en savoir plus
• Sites. www.colocation.fr et www.kel-koloc.com,
deux sites partenaires, qui organisent Le
Jeudi de la Colocation (à Paris et Marseille, le premier jeudi
du mois, 7 euros l'entrée) et publient Le
Guide de la colocation (5,80 euros). Accès aux annonces pendant
3 jours : 1,68 euros.
• Caution. La personne qui se porte caution solidaire doit bien
spécifier qu'elle ne s'engage que pour un seul colocataire.
• Aide au logement. Il faut que chaque colocataire figurant sur le bail
puisse bénéficier des aides au logement.
Michaëla Bobasch
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