Logement. Trouver un appartement à louer est devenu une
galère avec actuellement une trentaine de demandes pour
une offre. Un parcours du combattant qui demande du temps,
de la patience et des garanties... Alors, certains tentent
l'aventure de la colocation.
Jeudi dernier, rue Jean-Pierre
Timbaud, Paris (XIIe). Au P'tit Garage, chaque premier jeudi
du mois, étudiant(e)s ou jeunes salarié(e)s viennent chercher
un appartement en colocation. Le rendez-vous des colocataires
La file d'attente s'étire sur le trottoir branché de la
rue Jean-Pierre Timbaud. Devant le P'tit Garage, on se presse
pour s'acquitter des 4 euros. Le prix pour entrer, avec
une consommation. Etudiant(e)s ou jeunes salarié(e)s, ils
sont venus chercher en ce premier jeudi du mois, non pas
un petit garage mais un grand appartement. Car avec la pénurie
de logements à louer à Paris, la colocation devient une
solution de repli très prisée chez les jeunes salariés ou
les étudiants.
Alors "à deux, trois ou quatre... Peu importe. Je cherche
pour trois mois" explique Manuel, un étudiant espagnol.
Les créateurs de ces Jeudis de la Colocation, imprégnés
de culture adolescente, placent leur concept "à mi-chemin
entre Friends et Loft Story".
"C'est plus un endroit où l'on
trouve des tuyaux"
D'ailleurs, Marc, jeune graphiste de 22 ans, n'est pas venu
en quête de Loana mais admet vouloir rencontrer des gens.
"Je cherche un appartement mais ici on vient aussi faire
des rencontres, terminer la soirée dans les bars du coin.
C'est plus un endroit où l'on trouve des tuyaux que des
logements". Car, en effet, rare sont ceux qui, sur leur
badge, peuvent arborer le "A" signifiant que l'on dispose
d'un appartement à partager.
"Sur internet, la durée de vie d'une telle annonce sur le
site est d'une demi-heure", explique Antoine Peytavin, créateur
de Kel-Koloc. Là, on remarque
rapidement les détenteurs du précieux sésame à leur capacité
à se faire des amis très vite!
Sébastien a 28 ans et habite le Xe. "J'ai 48 m2 et c'est
trop cher pour moi. C'est la première fois que je viens",
raconte-il. "Un jour j'ai mis une annonce sur internet et,
le lendemain, j'avais 25 réponses. J'ai pu faire le tri",
se satisfait-il.
Les critères sont en général très simples. "Ces sont les
animaux, les cigarettes, qui peuvent orienter un choix.
Et puis les gens qui travaillent veulent aussi se retrouver
entre eux. Les étudiants aussi", analyse Antoine Peytavin.
Pour toutes les infos sur Le Jeudi de la Colocation, consultez www.kel-koloc.com et
www.colocation.fr.
"Il y avait au moins 80 personnes. Du trottoir au 6e étage
sans ascenseur. Des gens abandonnaient en cours de route,
d'autres s'évanouissaient", décrit Flore, venue voir les
petites annonces dont dispose une agence du IIIe arrondissement.
Ces scènes d'attente plus plus ou moins patiente deviennent
classiques dans le parcours du combattant à la recherche
d'un appartement.
Cinquante demandes pour une
offre
Les visites collectives permettent aux agences ou aux propriétaires
de faire défiler les candidats le plus efficacement possible.
Le plus souvent, le tour du propriétaire est fait en deux
minutes. Pas le temps d'y prendre la température, il faut
parer au plus pressé. "Moi je préfére ne plus en faire du
tout", tranche Aurélie.
La quête est devenue si compliquée que trouver un appartement
à Paris est devenu un vrai job. Souvent, des mois sont nécessaires
pour trouver le logement de ses rêves. Sinon, il faut faire
vite et donc se satisfaire de l'offre du marché. Or la plupart
des agences ne disposent plus d'aucune offre de location.
Certaines le placardent même sur leur vitrine.
"La pénurie de locations ne date pas d'aujourd'hui" analyse
un responsable de "Particulier à particulier" (PAP). "C'est
le bout d'un processus qui date de 1999 et que l'on n'a
pas vu venir. Etant donné les performances des marchés financiers,
tous les propriétaires bailleurs ont vendu et le parc d'appartements
à la location a considérablement diminué. La pénurie est
particulièrement forte depuis le printemps 2001. Beaucoup
de jeunes se retrouvent aujourd'hui à la recherche d'un
logement."
La précédente rentrée atteint un pic de 50 demandes pour
une offre. Aujourd'hui, le ratio est retombé à 30 demandes
pour une offre mais reste très élevé. "Un marché normal
est à 10 demandes par offre. C'est la plus grosse crise
des quinze dernières années à Paris!", juge PAP. La petite
annonce devient un espoir de richesse. Les journeaux d'annonces
immobilières s'arrachent dans les kiosques dès leur sortie,
je leudi matin. PAP admet profiter de la situation : "il
y a moins d'offres mais la rubrique de demandes a explosé.
Les gens multiplient leur chances de trouver quelque chose",
explique Grégoire Berthoux, responsable de la communication.
Le partage de l'espace a de
plus en plus de succès
En effet, d'autres modes de recherche sont souvent essayés.
"La colocation est devenue un phénomène réel, que les propriétaires
acceptent de mieux en mieux. Cela devient maintenant un
choix et plus seulement une solution subie." Le partage
de l'espace et des efforts de recherche recueille un succès
grandissant mais reste moins ancré culturellement à Paris
que dans d'autres capitales comme Londres.
Pour mettre toutes les chances de son coté, le locataire
potentiel envisage également le déplacement géographique.
Plus rares sont ceux qui peuvent être tentés d'acheter un
appartement, malgré l'incitation fiscale et bancaire. Et
ce sont les propriétaires fonciers et les agences qui profitent
de la situation. Ils demandent des garanties de plus en
plus précises, parfois à la limite de la légalité. "Ceci
est renforcé par le fait de plus en plus courant que les
agences ont des contrats d'assurance contre les impayés,
explique Grégoire Berthoux. Les assureurs ont des exigences
plus fortes à l'égard des locataires." Face à ces abus fréquents,
un texte de loi du 22 janvier 2002, qui protège le locataire,
devrait apporter un cadre plus clair à cet usage.
Dossier : Guillaume Perrier
Photos : Ph. de Poulpiquet