Le Parisien - 23.4.2002

Le boom de la colocation

Pénurie d'appartements dans les centres-villes, loyers trop élevés, mais aussi influence de séries télévisées et modèle anglo-saxon : on partage plus volontiers son chez-soi. Débordés, les sites Internet spécialisés n'arrivent plus à suivre.


"Partagerais appartement trois pièces avec jeune femme salariée, sociable et non fumeuse." Depuis quelques mois, ce genre de petites annonces fleurit dans la presse immobilière et, plus encore, dans les sites Internet dédiés à la colocation. A la faveur de nombreux sitcoms de télévision - "Friends" surtout - mais aussi de "Loft Story", ce phénomène, jusque-là marginal et parisien, est en train de coloniser toutes les villes de France. Le succès est tel que Colocation.fr, numéro un des sites web français, passera aujourd'hui à la dimension supérieure, avec de nouveaux services et une plus grande capacité d'accueil. "Nous étions limités à cent cinquante connexions par seconde. Cela suffisait il y a un an, mais plus du tout aujourd'hui", explique Frédéric de Bourguet, PDG et fondateur en 2000 du site. Détail révélateur : l'an dernier, le nombre de connexions avait doublé le premier soir de diffusion de "Loft Story"! Très répandue aux Etats-Unis et en Angleterre, la colocation n'est apparue en France qu'en 1995. "C'est devenu un vrai mode de vie, convivial et peu contraignant", explique Grégoire Berthou, chargé de communication à l'hebdomadaire De particulier à particulier. "La pénurie de logements à Paris, comme les prix élevés, incitent les locataires à se regrouper."

Tous les âges

Autrefois cantonnée aux seuls étudiants, la colocation touche désormais tous les âges et les catégories : jeunes salariés qui ont dû changer de ville, pères ou mères divorcés, anciens expatriés qui l'ont goûté dans les pays anglosaxons avant de l'adopter en France... "Depuis six mois, on observe une recrudescence des 35-49 ans", note Frédéric de Bourguet. "Il y a aussi de nombreuses femmes avec enfant qui partagent un toit avec des étudiants." Transition entre le cocon familial et la vie d'adulte, la colocation n'est pas forcément toujours rose. "Friends" peut vite virer au "Petits Meurtres entre amis". Sophie, journaliste de 28 ans, en a fait l'amère expérience : "J'ai retenu une candidate bien sous tous rapports. On est devenue bonnes copines, ce qui a faussé nos rapports. A force d'agacements réciproques, on a fini par en venir aux mains." Traumatisée par l'expérience, elle habite désormais seule dans un minuscule deux-pièces.

Outre www.colocation.fr, www.kel-koloc.com diffuse des milliers d'annonces, actualisées chaque jour.

Un café pour trouver un toit


Il a beau ne pas payer de mine, tous les premiers jeudis du mois, le P'tit Garage (63, rue Jean-Pierre-Timbaud, Paris XIe), véritable foire à la colocation, devient l'un des bars les plus "branchouille" de la capitale. Moyennant 4 euros à l'entrée, voilà votre main munie d'une boisson fraîche et votre pull d'une étiquette censée résumer votre situation : "Marc, XIVe , XVe , Boulogne, Issy" pour ceux qui cherchent. Si par contre, vous arborez un grand "A" (qui indique qu'on a un appartement à partager), ne comptez pas sur une soirée tranquille : le précieux sésame vous vaudra une foule de courtisans. François, 21 ans, "A, Ve" accueille un à un les prétendants, leur décrit son nid - "un trois-pièces, au pied des arènes de Lutèce, Internet disponible, 3000 F tout compris" - puis la conversation ripe sur les études et les goûts musicaux. "Cinq minutes suffisent pour savoir si le courant passe. Mais ce n'est qu'une première étape." Rendez-vous est pris le lendemain avec Alexandre pour une petite visite.

«Chercher ensemble un appartement»

Juste à côté, dans la salle bondée et enfumée du bar, "Serge A, Xe" discute avec "Stéphane cherche Tout Paris". "A combien tu le fais ?"... "2 500 F"... "T'aimes faire la fête ?"... "Ouais, mais pas d'incruste sauvage". "Au black, c'est jouable ?" Une phrase de trop et la discussion s'arrête. "Celui-là, je l'ai recalé. S'il commence comme ça au bout de deux minutes, c'est l'embrouille assurée en un mois", dit-il, une fois Stéphane parti. Sur le trottoir bondé de la rue Jean-Pierre-Timbaud, les affaires continuent. Peu de "A" et trop de "Cherche", à l'image du marché parisien de l'immobilier. "En fait, ce rendez-vous est surtout l'occasion pour des gens de faire connaissance, puis de chercher ensemble un appartement", explique Alice Aucler, organisatrice des Jeudis de la Colocation, qui s'est dotée aujourd'hui d'un site Internet (jeudidelacolocation.org). Le succès est tel que le concept, qui devrait rapidement devenir bimensuel à Paris, s'exportera dès juillet dans les douze plus grandes villes de France.

Le 2 mai prochain, ce sera encore la foule des grands soirs au P'tit Garage, qui met en présence ceux qui cherchent et ceux qui proposent une colocation.

"J'aime l'aspect convivial et pratique"

Kristel, 28 ans, partage un appartement à trois, à Paris


Un 116 m2 en plein Paris quand on ne peut miser que sur une paie de prof de sport, c'est possible. En septembre, Kristel et son chat ont trouvé refuge dans cet appartement hausmmanien du IXe arrondissement, aussi charmant que biscornu. "Pas très familial, mais pour une colocataire c'est vraiment sensas. Pour le même prix (430 euros), j'aurais eu droit à 20 m2 dans le même quartier", commente-t-elle, en faisant visiter les lieux. Un salon, une salle de bains, une cuisine, un immense couloir et trois chambres pour autant de colocataires : Kristel, 28 ans, Hélène, commerciale, 31 ans, et Marie, 40 ans. Cadre chez l'Oréal, cette Anglaise, la plus ancienne avec cinq ans de présence a vu défiler près d'une demi-douzaine de colocataires.

Une nouvelle débarquera dans sa vie début juin, quand Kristel quittera les lieux pour s'installer avec son "jules" dans un appartement moins vaste. Comme le stipule le bail, c'est à cette ravissante blonde - et non à la propriétaire - de trouver la perle rare qui la remplacera. A peine l'annonce publiée sur le site Colocation.fr, son téléphone portable a sonné. Première candidate, Sylvie, chargée d'études de 31 ans, a eu droit à la visite des lieux avant que Marie, l'air de rien, ne la passe au grill. "Ne t'inquiète pas si tu n'as pas de nouvelles tout de suite. Il y a encore beaucoup de filles à voir. On te rapellera d'ici à trois semaines", lui glisse-t-elle sur le pas de la porte.

Dans la cuisine où chacune dispose d'une étagère et d'une place dans le frigo, la machine à café se met à crépiter. Entre les trois occupantes, une rapide conférence s'organise. Bon point pour Sylvie : sa candidature a beaucoup plus. "Tout est question de feeling, explique Marie. On a recalée d'emblée une jeune femme qui avait répondu à notre annonce en écrivant qu'elle détestait vivre seule et qu'il fallait l'adopter. Les gens envahissants, c'est insupportable."
Entre elles, tout est affaire de compromis et de respect. Chacune fait ses courses de son coté : seul le sucre, quelques produits d'entretien, les couverts sont en commun. Kristel a adoré l'expérience : "Je cherchais l'aspect convivial et pratique, mais surtout pas une colocation de meilleurs potes qui se retrouvent tous les soirs. Chez nous, c'est l'anti-Friends. On partage un appartement et plus, si affinités. Hélène part souvent en Asie pour son boulot. Marie rentre tard. Et moi, je dors presque tous les soirs chez mon copain." Résultat : il n'est pas rare que le trio passe de longues semaines sans même se croiser. "L'absence d'enjeux affectifs empêche les non-dit de s'accumuler comme dans les colocations de copains. C'est pour cela que ça se passe bien."

Comment ça marche

Les propriétaires d'appartement, qui ont d'ordinaire la méfiance chevillée au corps, deviennent carrément impitoyables quand il s'agit d'une colocation. Le dossier doit donc être imparable.

Caution

Pour les plus jeunes salariés ou étudiants, une caution est demandée aux parents. Deux solutions : la somme est répartie entre tous les occupants, ou un parent se porte caution pour l'ensemble (plus risqué). Trop méconnu : le Locapass, géré par l'Etat, permet aux 18-30 ans d'avoir deux mois de caution gratuit ainsi qu'une couverture pour 18 mois en cas d'impayés.

Clause de solidarité

Juridiquement, la vraie colocation implique un bail au nom de chaque occupant. Pour se prémunir d'un locataire défaillant, les propriétaires imposent généralement un bail unique au nom de chaque locataire, assorti d'une clause d'engagement solidaire : si l'un des colocataires ne paie pas son dû, les autres sont tenus de verser sa part. Le propriétaire est ainsi protégé du risque d'insolvabilité d'un des colocataires.

En cas de départ

La clause impose à l'ensemble des locataires de prendre congé en même temps. A défaut, celui qui part est responsable jusqu'à la fin du bail. C'est donc à lui de se trouver un remplaçant.

Charles de Saint Sauveur


  

Qui sommes-nous ? - Contactez-nous - Infos légales - Publicité - Crédits

Partenaires : Colocation.fr - Kel-Koloc - EasyColoc

Colunching, After Work avec after-work.fr, after-works.fr, COtuesday.org
Appartager, Soonnight.com, soiree.fr, SpeedDating, Sortiraparis, Casting
Séduction avec seduction-online
, PastaSoiree, Beauté homme avec MenCorner



© Colocation.fr 2000-2012 - 101, avenue des Champs Elysées - 75008 Paris - S.A.R.L au capital de 40000 euros - RCS Paris B437 734 676