Management - 20.6.2002

Jeune cadre débordé cherche âme soeur

Cyberdrague, coaching amoureux, rendez-vous à l’aveugle... Les chemins de la séduction s’adaptent à toutes les demandes.


"En amour, la dépense est exorbitante, la position ridicule et le plaisir éphémère", écrivait l’auteur anglais Philip Chesterfield. Allez dire cela aux 220 000 cadres ­ hommes et femmes ­ qui vivent seuls. A tous ceux qui supportent mal le tête-à-tête avec leur télévision et rêve de bonheur à deux. Mais avec des semaines de travail de 46 heures en moyenne ­ jusqu’à 70 heures pour les plus acharnés ­ les cadres ont peu de temps pour chercher l’âme soeur. Et n’ont pas forcément envie de pousser la porte d’une agence matrimoniale. Qu’ils se rassurent : les modes de séduction, les lieux de sociabilité et la façon d’aborder la rencontre se renouvellent.

Première possibilité pour les célibataires pressés : tester les "blind dates", les rendez-vous à l’aveugle, qui ont fait leur entrée sur la scène amoureuse française. Au printemps, une agence inaugurait ainsi des dîners-rencontres pour solos CSP+. Moyennant de 50 à 200 euros (formule "En toute simplicité" ou "Prestige"), cadres et cadrettes triés sur le volet dînent ensemble. La table de trentenaires qui nous a accueillis n’aurait pas déplu à un chasseur de têtes. En tenue chic et décontractée : une pharmacienne, un consultant en marketing, une manageuse d’un grand nom du conseil et un directeur juridique. "J’ai récupéré quelques numéros, se félicite Thierry, responsable commercial dans l’informatique. Je compte organiser un pique-nique pour qu’on se revoie."

Ceux qui ont un emploi du temps encore plus serré préféreront la version courte du blind date : le "speed dating" (lire l’encadré ci-contre). Principe de la soirée : en une heure, vous rencontrez sept célibataires du sexe opposé. Chaque tête-à-tête dure sept minutes, pas une de plus. Hélène, 29 ans, juriste, qui a testé un speed-dating, est tombée "sur des jeunes gens tout à fait corrects, plutôt mignons et intéressants". Formateur chez Nortel (réseaux informatiques), Arnaud Brodier, 27 ans, a participé à une soirée de rencontres éclair organisée par l’agence Turbo-Dating. A son arrivée, cet homme timide a d’abord failli céder à la panique, mais s’est ensuite pris au jeu. Bilan ? Deux des trois jeunes femmes qui lui ont plu souhaitent également le revoir. A quand les bébés blind date ?

Mais lorsque l’on ne se sent pas encore prêt à séduire en sept minutes, internet reste un fabuleux terrain de drague. Frédéric, directeur commercial, a testé plusieurs "chats", dont celui de MSN. Son jugement est sans appel : "Socialement, intellectuellement et physiquement, je n’ai jamais rencontré une nana qui tienne la route". Denis, 40 ans, courtier d’assurances, connaît la toile du tendre sur le bout des doigts : en deux ans, il a fait connaissance avec quarante filles, contactées sur Caramail et Yahoo! Et a fini par trouver sa compagne. Cet as du chat a cependant connu quelques mésaventures, comme ce premier rendez-vous avec une allumée qui l’attendait dans son harnachement de dominatrice!

Le trafic est intense sur Internet mais le casting souvent décevant

Pour en savoir plus sur la cyberséduction, Management a testé Meetic, le dernier-né des sites consacrés exclusivement aux rencontres amoureuses. Lancé début mai par Marc Simoncini, l’ancien fondateur du portail iFrance, le site est réservé aux cyberromances. Pas aux échanges coquins. Payant pour les hommes et gratuit pour les femmes, il offre tous les outils technologiques pour se mettre en valeur : photos, annonce vocale, vidéo, SMS... Premier constat : le trafic est intense. En vingt-quatre heures, 30 cyber-Roméo ont répondu à notre annonce! Seconde surprise : les messages sont courtois. Car pour attirer et rassurer les trop rares femmes ­ à peine 25% sur les 120 000 inscrits ­ Meetic refuse l’argent des annonceurs "roses" et traques les dérapages. Des modérateurs vérifient chaque photo avant sa diffusion et censurent les déclarations salaces. Informaticiens, consultants ou finances, les candidats donnent dans des styles très variés. Insipide, comme "supermale" : "Salut, j’habite Strasbourg et j’aimerais faire ta connaissance." Badin, comme "Philosophiste" : "Ferions-nous connaissance, cher ange ?" Drôle, comme Emmanuel, qui, outre l’anglais, parle "l’ouzbek et le swahili". Ou un tantinet ringard comme Pitchou78, qui "cherche une personne pour l’accompagner aux VIP d’Eden Park entre 12 et 14 heures".

Les clubs de loisirs spécialisés se sont "déringardisés"

Draguer ouvertement, ce n’est décidément pas votre truc? Suivez l’injonction d’Odile Lamourère, psychosociologue et auteur de "Célibataires aujourd’hui" : soyez un célibataire ouvert! En pleine expansion, les nouvelles formes de sociabilité favorisent les rencontres. Les tables d’hôtes ­ Grandterroir ou Le Pain quotidien ­ réinventent un coude à coude complice. La colocation (voir ci-contre Le Jeudi de la Colocation) n’est plus réservée aux étudiants : de plus en plus de salariés solos partagent leur appartement et leur réseaux d’amis. Grâce aux associations de quartier, on peut aussi faire connaissance avec un(e) charmant(e) voisin(e).

Enfin, la vie politique offre des débouchés inattendus. "Je me suis inscrit dans l’équipe de campagne présidentielle de Christine Boutin, avoue un consultant. Un vrai vivier de célibataire!" Coller des affiches pour se mettre à la colle, il suffisait d’y penser. Seul inconvénient de tous ces espaces de rencontre : les célibataires sont difficiles à repérer. Rien ne distingue l’homme ou la femme marié(e) en vadrouille de l’authentique solo. Pour éviter les mauvaises surprises, certains choisissent d’évoluer dans un milieu "100% solo, garanti sans couples ajoutés". En s’inscrivant, par exemple, à Eurofit, club de loisir pour célibataires. A 2000 euros l’adhésion annuelle, l’endroit regorge de cadres sup. Trois soirs par semaine, Jean-Christophe Huon, 34 ans, directeur logistique d’une société agroalimentaire, y fait du tennis, du roller et du café-théatre. Ce "Club Med" des célibataires, qui fête ses 25 ans, a fait une cure de jouvence : Nathou et Olivier, ses nouveaux propriétaires, ont rénové pour 1 million d’euros les 600 mètres carrés du Club House, situé près de l’Opéra. Et ils organisent des soirées "twenty" pour les plus jeunes adhérents.

Autre forme de regroupement, moins coûteuse : l’association. Les Célibataires associés réunissent ainsi 150 solos parisiens, sous la présidence d’Annie Rapp. Jeudi 23 mai, une ambiance digne des romans de Michel Houellebecq règne dans son local du 16e arrondissement parisien. Pour la plupart en analyse, la trentaine de quadras et quinquas présents ce soir-là partagent un intérêt commum pour les sujets psy. Mais les hommes, au dernier rang, chahutent sans écouter un traître mot de la conférence sur le "Reiki", une méthode japonaise de guérison par les mains. Après la séance mystico-médicale, la vraie soirée commence. "Les gens séparés et les couples mariés sont deux mondes qui s’ignorent, reconnaît Daniel, chef d’entreprise. Avant, je ne côtoyais que des gens mariés. Après mon divorce, je me suis retrouvé très seul. L’association me permet de rencontrer des gens qui ont les mêmes problèmes que moi." Et l’amour dans tout ça ? "Le but est de se faire de nouveaux amis" affirme la présidente. Ce n’est pas ce que disait un cadre sup à la prunelle brillante il y a cinq minutes.

Les échec amoureux s’accumulent au même rythme que les rencontres? Au lieu de hanter les soirées, peut-être faut-il sonder votre "moi" amoureux. En participant, par exemple, aux ateliers d’Odile Lamouère : depuis dix ans, cette ex-conseillère conjugale enseigne aux célibataires l’ouverture aux autres. Et accompagne les trois premiers mois d’une idylle en aidant un amoureux à réfléchir sur l’avenir et les chances de son couple naissant. Autre possibilité : les stages d’Alain Collery "coach PNL systématique d’inspiration tantrique". Jeux, groupes de parole et séances de relaxation permettent de "découvrir ses scénarios répétitifs et d’en exploiter de nouveaux". Coût d’un atelier : 20 euros la soirée, 110 le week-end. Véronique, 40 ans, a commencée par des stages, avant de suivre un coaching personnalisé. Sa vision du couple a changé : "J’étais trop agrippante" vis-à-vis de l’autre, reconnaît-elle. Peu à peu, j’ai appris à lâcher." Coïncidence ? Il y a deux mois, elle a trouvé l’homme avec qui elle va bientôt s’installer.

Ceux qui veulent que le coaching débouche sur une rencontre confieront leur sort à Douce. A condition de pouvoir débourser quelques 6000 euros, le prix de ses services pour un an. Pendant plusieurs mois, Douce fait d’abord plancher ses protégés ­ qu’elle appelle ses "complices" - sur leur personnalité amoureuse, avec rédaction de mémoire à l’appui. Ensuite, les travaux pratiques. Elle demande ainsi à un cadre guindé de tutoyer son entourage et de s’entraîner à aborder des inconnues. Pour peaufiner le tout, un peu de relooking : elle emmène ses complices dans les boutiques. "En me faisant prendre conscience de certains détails, elle a modifié ma personnalité, reconnaît Michèle, 60 ans, éditrice. Par exemple, je me dissimulais derrière un maquillage excessif".

Lorsque son "complice" est fin prêt, Douce Albertini lui présente un célibataire, choisi dans son vivier personnel. "J’ai eu quelques plantages, reconnaît la fée de l’amour, mais ils sont rares." Michèle en pince pour Marc. Et Dominique, 40 ans, directeur d’un grand cabinet de conseil, va bientôt se marier. Courage, Cupidon n’attend que la bonne occasion de vous décocher sa flèche. Et vous verrez, les soirs de dispute, vous rêverez même d’un "Wakareseya" : au Japon, ces intermédiaires d’un nouveau genre ont pour mission de provoquer une rupture!

Les amis de mon colocataire seront mes amis, voire plus...

Ce nouveau mode de vie permet d’élargir son cercle d’amis. Aux Jeudis de la Colocation, organisés par Colocation.fr, on vient chercher des colocs et des appartements.

90 minutes pour séduire

Lancées au printemps à Paris, les rencontres éclair entre célibataires - "speed dating"- font fureur. Le principe : rencontrer sept célibataires du sexe opposé en sept minutes chacun. Management a suivi le premier speed dating d’Anne Lafarge, 30 ans, fondatrice de l’agence de communication Swann. La soirée, organisée dans un bar parisien, réunissait des trentenaires. Après chaque entretien, Anne a rempli une fiche indiquant les noms de ceux qu’elle souhaitait revoir. Le lendemain, elle a reçu les coordonnées des participants qui l’avaient eux-mêmes choisie. "Sept minutes, ça semble court, dit-elle. En fait, c’est une éternité quand on a rien à se dire !" Plusieurs sociétés exploitent déjà le filon du speed dating dont Turbo-Dating (www.turbo-dating.com, 20 euros la soirée).

19h30 : Un peu nerveuse, Anne arrive au bar.

19h31 : Elle est accueillie par Arnaud.

19h40 : Pour faciliter les présentations chacun affiche son prénom.

19h45 : les organisateurs briefent les femmes et hommes séparément.

20h00 : Le gong ouvre le premier tête-à-tête de sept minutes chrono!

20h02 : Anne rencontre son premier interlocuteur. "Tu aimes le cinéma?"

20h07 : Les sept minutes sont écoulées. Changement de cavalier!

20h30 : Anne note ceux qu'elle souhaite revoir. Guy? Ah, non!

20h49 : Terminé! Les filles échangent leurs impressions en présence du staff.

21h00 : Les couples sont formés. Les organisateurs confrontent les fiches bleues et roses. Suspense...

Delphine Déchaux


  

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