 |
|
|
|
|
 |
|
|
|
|
Nova
- 6.9.2002
Ch.coloc idéal
Se loger à Paris? La solution colocation
Duplex, lofts, maisons avec piscine... La colocation n'est plus synonyme d'entassement
de boutonneux. Mais attention : le casting est sévère. Cinq familles de coloc témoignent. Cinq
raisons d'abandonner les studettes-cuisinettes pour la grande vie entre "friends".
Dix ans après les Etats-Unis, la colocation se fait nouvel art d'habiter pour
Parisiens émancipés. De l'étudiant serré du budget au bobo lassé de sa vie solo, tous les profils logent
dans ces nouvelles maisons du bonheur. Trouvez votre genre parmi ces grandes familles du loyer partagé.
Famille "Poor lonesome cowboy"
"Eux au moins s'intéressent plus à ma personnalité qu'à mes déclarations de revenus." Vincent, fan de pop anglaise, de
littérature SF, cuisinier à ses heures perdues et informaticien bon teint de
25 ans court les castings de colocation dans tout Paris. Ras-le-bol des agences immobilières où les appartements
se réservent déjà pour le début 2003 sur la base de feuilles de salaire cinq fois supérieures au loyer. Alors,
partager, pourquoi pas ? Problème : en trois mois de recherches acharnées et huit entretiens, Vincent reste sur
le carreau.
Ici un "jury" d'occupants le harcèle sur sa vie privée, là des questionnaires psy distribués aux postulants pour
"mieux cerner la personnalité de chacun", ailleurs des enregistrements au caméscope. Trop sage, trop intello ou
trop "normal". "Jamais je n'aurais pensé que colouer une chambre pouvait relever d'un tel parcours du combattant !"
En quelques années, la colocation est devenue un véritable marché parallèle du logement, avec ses règles, ses
galères, ses excès. Fini le braconnage immobilier gentillet pour étudiants fauchés et anglo-saxons souriants. La
demande a gonflé de 30 à 40 % en deux ans. Aujourd'hui, une chambre proposée sur un site internet peut
trouver preneur en 15 minutes. Les annonces drainent facilement une quarantaine de mails et coups de fil
quotidiens durant les premiers jours...
Et les prix ont suivi. Pour moins de 300 euros mensuels, mieux vaut s'habituer au format placard ou s'exiler en
banlieue. Comme Philippe, photographe de 21 ans, qui s'est déniché un joli 70 m2, partagé avec Maud et Arthur.
Il y a de la verdure, du calme, un salon ensoleillé en été, une cheminée pour l'hiver, ça ne coûte que 300 euros
par occupant.
Petit détail : ce nid mignon se trouve aux Clayes-sous-Bois, dans les Yvelines... A Paris, il faut compter de
400 à 600 euros pour des chambres standard.
Heureusement, le marché se renouvelle très vite. Trois semaines entre l'appel à candidature et l'emménagement
suffisent, en moyenne, pour une annonce passée sur Colocation.fr (le principal site du genre). Autre avantage :
nombre d'offres restent encore des sous-locations. Beaucoup de contrats sont passés alors que le nouveau venu
ne figure pas sur le bail. Pas de statut légal, donc plus de facilités pour négocier ses garanties et conditions d'accès.
Famille "Célibataire bobo"
"J'ai vu plusieurs candidats aujourd'hui. Un publicitaire italien, un avocat belge, un infographiste..."
Les postulants
défilent à la chaîne dans le 80 m2 chic et design de Nicolas, au troisième étage d'un immeuble XVIIIe siècle du Marais.
Statues africaines du Gabon dans
l'entrée, meubles de créateurs italiens en série limitée dans le salon. Et deux chambres au fond : l'une pour Nicolas,
l'autre pour le colocataire qui lui permet d'alléger son loyer de 1 500 euros par mois. Nicolas, cadre sup chez LVMH
et collectionneur d'art, partage depuis plus d'un an son chez lui. Prix demandé : 700 euros. "Ça me sert d'argent de
poche." On est loin de l'"étudiant-Américain-fauché". Plutôt en plein paradis bobo, où colouer est devenu une hype
pour célibataire désoeuvré. La mode, apparue il y a quelques années, se développe vite. Aujourd'hui, 30 % des clients
d'un site comme Colocation.fr sont des adultes de 30 à 45 ans, souvent profilés CSP++.
"C'est un phénomène étrangement très français. On le retrouve peu aux Etats-Unis ou en Allemagne", explique
Frédéric de Bourguet, créateur du site.
Nos bobos sont plus partageux, car le coût des loyers parisiens pèse même sur leurs gros salaires. Sébastien, directeur
marketing de 34 ans, s'est mis il y a quelques semaines en quête d'un nouveau cooccupant pour ses 120 m2 bourgeois, dans
le 8e arrondissement. 3,80 m sous plafond, moulures et parquet de rigueur, homme de ménage compris. "Seul, je ne pouvais
pas assumer. Alors plutôt que de prendre plus petit, je partage. Au moins ici, je peux organiser tous les mois mes petites
fêtes pour cinquante personnes..."
Pas question pourtant de trop se mélanger : la génération cadre veut bien verser dans le communautaire, mais pas dans
le bohème. "Question garanties, je sélectionne des candidats qui justifient d'un salaire de 3 000 à 3 800 euros nets par
mois, précise Sébastien, vu le loyer, c'est indispensable..." Filtrage également chez Nicolas : "Je fais toujours
ma petite enquête avant : je demande une photocopie de la carte d'identité, le téléphone du patron... Etant donné la valeur
du mobilier que j'ai installé, je dois avoir l'esprit tranquille.
"Famille "Friends"
Ils sont six, âgés de 23 à 31 ans - la bande. Bonnes allures, bonnes situations. Ils se sont rencontrés cet été sur
Internet, en surfant au hasard des petites annonces. Il y a Virginie, l'urbaniste de 31 ans hébergée provisoirement chez
papa-maman. Sébastien, l'analyste financier habitué aux grandes surfaces, qui se voit mal atterrir "dans un studio". Pierre,
l'informaticien de 25 ans qui a fini par trouver des potes, ou Béatrice, l'ingénieur fan de coloc prête à lâcher son F2
tout confort pour retenter l'aventure. "J'aime ça, j'y peux rien." Ensemble, ils viennent de mettre la main sur un
appartement haussmannien de 240 m2, du côté du parc Monceau. Chacun sa chambre, chacun son loyer. 660 euros en moyenne
par occupant.
Bonne affaire donc. Bonne ambiance surtout, car la vie en cohabitation est un choix revendiqué par la bande de gentils
BCBG. Explication de Sébastien : "On arrive à des âges où nos amis se marient, certains ont des enfants. Ils ne parlent
que de ça. Plus question d'aller prendre un verre ensemble à l'improviste sur le coup des 23 heures. Alors forcément, on
cherche de nouvelles relations. Des gens qui correspondent plus à notre façon d'être..." Du Friends revu et corrigé ouest
parisien, avec déjà les premiers débats sur l'emplacement des cloisons ou de la future liste de courses. Plutôt frigo ou
plutôt porte d'entrée... "J'en avais ras-le-bol de vivre seul en appartement, confesse Virginie. Je voulais rejoindre un
groupe pour réapprendre les petites concessions du quotidien, m'enrichir humainement, pouvoir m'amuser en rentrant le soir."
Pas de quoi s'enflammer cependant. Contrairement aux clichés télé, la vie en communauté ne se décline pas franchement
en fêtes continues et soirées arrosées. "En réalité, les cohabitations sont sages, plutôt calmes et organisées, corrige
Nina Testut, sociologue qui a étudié le phénomène. Les gens travaillent, ils rentrent fatigués le soir. Ils ne sont pas
en permanence les uns sur les autres..."
Famille "Vie de château"
Pour commencer, le tour du colocataire. Salon : 200 m2, des canapés qui traînent, des télés empilées, un lit d'amis
au milieu de la pièce et un trapèze qui pendouille entre deux poutres pour qui veut s'amuser. Chambres : à visiter de
préférence sur la longboard à roulettes fabriqué maison, idéal pour slalomer dans les couloirs, de l'atelier de peinture
de Sarah à la tanière de Sylvain,
le comédien qui répète ses scènes. Bienvenue dans la "Cité" : loft tout confort de 375 m2 planté au milieu de Ménilmontant
et investi depuis deux ans par Gil et sa tribu, dont les membres sont âgés de 20 à 31 ans. "A la base, je cherchais juste
un appartement pour moi et mon frangin, explique l'ancien start-upper, adepte de glisse. Quand j'ai visité cet atelier,
j'ai craqué et j'ai aussitôt cherché d'autres locataires. A cinq, on assure le loyer sans problèmes. 695 euros par mois
et par personne. On s'organise de grands dîners toutes les semaines avec plus d'une dizaine de personnes. En attendant la
salle de projection vidéo dans le living. Et un hamac pour siester."
Rêve inaccessible ? Du tout. Maisons avec piscine en banlieue, lofts à la new-yorkaise, duplex design : tout peut se pêcher
aujourd'hui au pays des loyers partagés. Bon plan pour ceux qui veulent troquer leurs F1, F2 ou F3 contre de petits
"palais" urbains. "Quand j'ai déménagé il y a trois ans, je me suis dit : soit je trouve une maison à partager, soit
j'achète un appartement, précise Yann, cadre de 27 ans. J'ai toujours rêvé d'habiter dans une grande demeure,
alors..." Son château ? LMDB - traduisez La Maison du Bonheur (merci Francis Lalanne...) -, nichée en pleine forêt de
Meudon dans les Yvelines. Quatre occupants, cinq chambres, un home cinéma pour les soirées au coin du feu et un terrain
de 700 m2 avec jardin. "J'essaie d'y faire pousser quelques légumes. Cela marche plus ou moins." Addition mensuelle :
600 euros.
"Plus ça va, plus les propriétaires de demeures ou de grands appartements voient d'un bon œil débarquer ces locataires d'un
nouveau genre, explique Frédéric de Bourguet. Une famille signe souvent un bail pour une dizaine d'années. Un groupe de
coloc restera en moyenne cinq ans. Ça permet d'avoir un plus grand turnover et de réévaluer les loyers régulièrement..."
Famille "Courants d'air"
Chacun sa couette, chacun ses puces, règle de base chez Jean-Claude. Installé dans la région de Poitiers, ce bonhomme
de 45 ans coloue depuis deux ans un pied-à-terre dans le Quartier latin. Une semaine par mois pour lui, trois pour l'autre.
Chacun ses tiroirs, chacun ses placards avec affaires rangées et pliées. "On ne déménage rien. On fait le ménage à tour de
rôle. Il y a juste le canapé-lit Ikea dont on se sert à tour de rôle." Chacun avec sa couette, donc...
La formule, dite de colocation à temps partiel, vient tout droit des Etats-Unis où elle s'est popularisée il y a une
dizaine d'années avec l'essor des voyages d'affaires et du travail pendulaire.
Les loyers peuvent se découper dans tous les sens : trois jours l'un, quatre l'autre, deux semaines chacun ou un mois
tour à tour. Pas de règle, pas plus que de profil type. "Ça va de l'étudiant à l'homme d'affaires, lâche Jean-Claude.
J'ai vu défiler un avocat américain qui voyageait régulièrement, un trader qui logeait chez sa tante quand je revenais,
une banquière qui en profitait pour s'installer chez son jules. J'essaie à chaque fois de passer un peu de temps
avec eux. On déjeune ou on dîne ensemble tous les deux mois. Sinon, on pourrait partager l'appartement en ne connaissant
que nos noms respectifs." Un comble pour cet art de vivre communautaire...
Où, comment, combien ?
Nombre de colocations ? 8 % des logements parisiens seraient occupés par des roommates, selon l'Observatoire
national du Logement. Les principaux sites web d'annonces enregistrent une moyenne de 150 000 visites mensuelles.
Les prix de la colocation ? Très variables. Comptez de 300 à 600 euros par tête pour les gammes "moyennes". De 650 à
800 euros pour les grandes surfaces ou les cadres de standing.
Où trouver les colocations? Dans les journaux d'annonces. Consultez en priorité le Fusac, publication mensuelle
franco-américaine distribuée gratuitement dans les bars et les restaurants. Les Anglo-Saxons étant des habitués du genre,
les offres de partage y sont monnaie courante. Autre possibilité, se rendre tous les premiers jeudis du mois aux
Jeudis de la Colocation, où ceux qui proposent et ceux qui cherchent se retrouvent autour d'un verre. Plus de cent
participants par séance en moyenne. Bar Le Vestiaire : 64, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 (0.892.23.15.15).
Et sur Internet ? Encore et toujours le moyen le plus sûr de trouver. Face au succès croissant des appartements partagés,
la plupart des sites spécialisés sont devenus payants. Inutile de les écumer tous : les mêmes annonces se retrouvent
souvent d'un site à l'autre. Privilégiez les plus fournis et les moins onéreux,
www.kel-koloc.fr, www.colocation.fr.
Portrait-robot du colocataire idéal
Il est bourré de dispositions pour la vie en groupe : de son enfance, biberonnée dans une famille nombreuse,
à ses études, éclusées en partie en campus à l'étranger. Tout bon psy vous le dira, c'est un "partageux". En plus,
il range sa vaisselle, sait se montrer soigneux et ne débarque pas avec un zoo. "J'en ai reçu un une fois qui voulait
emménager avec son iguane et son élevage de fourmis. Une autre avec un couple de lévriers...", sourit Gil, colocataire
dans le 20e arrondissement.
Il aime faire la fête, bien sûr, et compte de nombreux amis formidables. Certains occupants demandent d'ailleurs à
rencontrer des copains des candidats "castés" pour mieux évaluer leur personnalité ! Il fait la cuisine (bon point) et
dispose d'une voiture (idéal pour les courses).
S'il est étranger, il vient plutôt d'un pays où se pratique déjà la colocation : Etats-Unis, Allemagne, Scandinavie....
"J'évite les Espagnols. Ils sont trop machos et refusent de laver la salle de bains", témoigne Esmail, étudiant
irano-allemand à Sciences Po.
Côté boulot, les artistes sont bien vus (avec un bémol pour les musiciens, vite bruyants). Les consultants sont souvent
perçus comme "sinistres". "Ils arrivent la première fois comme s'ils passaient des entretiens d'embauche, avec cravate
et mallette ", sourit Isabelle, membre d'une coloc à quatre du côté de la Gare du Nord. Beaucoup d'adeptes sont issus
des métiers de la communication, de la publicité ou du commerce. Plus aptes au contact humain, dirait un psy. Au fait,
est-ce qu'ils colouent facilement, les psys ?
Les dix règles de survie
La clause de solidarité. Présente dans la plupart des baux, elle fait porter la
responsabilité du versement du loyer à chacun des colocataires. Si l'un ne paie plus, les autres doivent débourser pour
lui. Bon à savoir.
L'assurance individuelle. Elle est indispensable pour protéger ses biens personnels en cas de sinistre. Souvent négligée
par les occupants.
Le nom sur le bail. Essentiel pour avoir un statut légal de colocataire. Et pour toucher d'éventuelles allocations
logement. Evident, et pourtant...
Le tableau de bord. Souvent improvisé sur le frigo ou au dos d'une porte. Outil essentiel pour se laisser des messages
et afficher les comptes.
Les comptes. Faites un pot commun pour les dépenses courantes et demandez des factures séparées pour le téléphone. Ça
évite de tout calculer tout le temps...
Le roulement des tâches. Planning strict et juste répartition des devoirs conseillés. Généralement, chacun fait un peu
de tout pour ne pas susciter de jalousie. Gare : c'est l'un des points de friction les plus courants...
Les horaires à gérer. Pas besoin de couvre-feu. Affichez vos plannings quand ils changent. Les autres s'adapteront.
L'ordinateur. Evitez de piquer celui du voisin. Les virus se promènent vite et fâchent les utilisateurs...
La chambre. Règle d'or de toute colocation : on y fait ce qu'on veut et il faut frapper avant d'entrer. Espace intime
oblige...
La copine. Elle pèse vite sur l'ambiance si elle s'invite trop souvent. A gérer avec modération et en soirée de préférence.
Agent immobilier : Régis de Closets. Photos-témoins : Diana Lui
|
|
|
 |
|
|
©
Colocation.fr 2000-2010 - 101, avenue des Champs Elysées - 75008 Paris - S.A.R.L au capital
de 40000 euros - RCS Paris B437 734 676
|
|