La Voix du Nord - 16.8.2002
A la recherche d’un colocataire
Très répandue dans les pays anglo-saxons, la colocation est réellement apparue
en France au milieu des années 90. Aujourd’hui, entre 6 et 10 % des Français, le plus souvent âgés de 18 à 35 ans,
ont adopté cette formule. Premier site de colocation, Colocation.fr
enregistre 150 000 visiteurs par mois. Pour s’inscrire, rien de plus simple. Il vous suffit de décliner
votre identité et le type d’annonce que vous souhaitez passer (offre ou demande). Sachez que votre nom de
famille n’apparaîtra pas et que l’internaute, pour obtenir vos coordonnées, devra d’abord acquitter un droit
d’entrée (1,68 euros, environ 11 F).
Quels sont les risques de la colocation ?
Le bail de l’appartement est signé par tous les colocataires.
Il comporte en règle générale une clause de solidarité : les colocataires ont les mêmes devoirs et les mêmes
droits vis-à-vis du propriétaire. Si l’un des colocataires ne peut honorer sa part de loyer, le propriétaire
est parfaitement en droit de se retourner contre les autres colocataires et d’exiger la somme due.
Le départ d’un seul colocataire doit être prévu. Dans ce cas, deux éventualités sont possibles. Si le bail ne
contient pas cette fameuse clause de solidarité, celui qui déménage doit envoyer une lettre au propriétaire lui
signalant son départ. Ainsi, il demeure responsable du loyer et des charges vis-à-vis du bailleur tant que le délai
de préavis n’a pas pris fin (il faut compter trois mois après l’annonce de son congé). Si le bail contient
une clause de solidarité, celui qui déménage reste responsable, jusqu’à l’expiration du bail, du paiement du
loyer et de toute autre somme due au propriétaire, même s’il a pris soin d’annoncer à celui-ci son départ par
courrier. On peut aussi ajouter un avenant au contrat permettant de mettre fin à la solidarité si l’un des
colocataires décide de partir. Le locataire qui quitte le logement ne peut pas récupérer la partie du dépôt
de garantie qui lui revient. Il devra attendre l’expiration du bail.
Etudiante en communication, Barbara a déjà vécu deux expériences de colocation :
«On est chacun caution de l’autre»
L’année dernière, Barbara vit sa première expérience en matière de colocation. C’était en Floride
«avec une Italienne et deux Américaines», précise-t-elle. Il y a deux mois, cette jeune Touquettoise de
21 ans, étudiante en communication, débarque à Lille. Après quelques investigations, elle jette son
dévolu sur un coquet type 3 de 70 m2 situé au coeur du Vieux-Lille. Parquet flottant, séjour éclairé,
luminaires modernes : l’appartement ne manque pas de cachet mais lui coûte 640 euros (4 200 F) par mois.
Barbara, qui n’a toujours pas gagné à la loterie, s’est inscrite en juillet dernier sur
Colocation.fr, histoire de partager les frais. «J’ai déjà vu une
dizaine de personnes dont une qui semblait très intéressée», explique-t-elle. Mais à la signature
du bail, le futur colocataire sème le trouble dans son esprit, «en me disant qu’il rencontrerait
quelques difficultés pour payer sa part du loyer.» En une seconde, elle fait machine arrière. «Je ne
voulais pas de problème. On est chacun caution de l’autre», rappelle-t-elle. Confiante,
Barbara ne désespère pas de trouver la ou le colocataire idéal même si ses préférences vont à la
gent masculine pour des raisons purement pratiques, «ne serait-ce que parce qu’ils ne s’éternisent
pas dans la salle de bains.» Un cliché qui ne se vérifie pas toujours...
Yannick, 27 ans, consultant en management, recherche un colocataire :
«se fixer des règles dès le départ»
Travaillant à Paris la semaine, Yannick ne séjourne à Lille que les week-ends. Ce qui ne l’empêche pas
de rechercher un colocataire dans le Vieux-Lille. La colocation, il connaît bien : «La première fois,
c’était lors de mes études à Montréal.
Etant donné la pénurie de logements, j’ai opté pour cette formule qui présente l’avantage de réduire
les frais de loyer.» Problème, son colocataire lui avoue d’emblée qu’il n’a pas un caractère facile.
«Il spéculait en bourse et rentrait très tard dans la nuit. Nous n’avions pas le même rythme de vie. Alors
que je suis un maniaque de la propreté, il se désintéressait complètement du ménage. En un an, il a
dû passer l’aspirateur trois fois ! Le pire, c’était pendant les fêtes juives : il renonçait à utiliser
l’électricité. Je vous laisse imaginer le désastre après son passage aux toilettes...»
Pourtant, le jeune homme ne regrette rien, bien au contraire : «Sur le plan humain, c’était un gars exceptionnel.
A la fin, nous faisions nos courses ensemble, comme un vieux couple.»
Yannick a ensuite emménagé
avec sa copine et un autre individu, de prime abord peu sympathique. «Il était très froid. Mais de fil
en aiguille nous avons appris à le connaître. A la fin, nous organisions des chasses aux trésors dans
l’appartement !» De ces deux expériences «superbes», Yannick a beaucoup appris : «D’abord à être
diplomate. Il s’agit d’anticiper les tensions et de les désamorcer, grâce à la dérision. Ensuite, il
faut impérativement fixer des règles de vie (le ménage à tour de rôle, les courses...) entre les
colocataires, et ce dès le départ.»
Sébastien, 23 ans, étudie l’art à Valenciennes : «un colocataire... vite !»
Sébastien n’est pas du genre stressé. Lorsqu’il prévoit de faire
ses études d’art à Valenciennes, il s’y prend à l’avance, très
à l’avance, pour dégoter l’appartement qui pourrait convenir le
mieux à son futur mode de vie. «Il me fallait beaucoup d’espace
et de luminosité.» Deux critères qui font monter immanquablement
les enchères. Sébastien le sait et dispose de six mois pour trouver
chaussure à son pied. Il aurait pu se faire aider de son père,
agent immobilier à Lille, mais préfère se débrouiller tout seul.
Quinze jours avant la rentrée universitaire, une réelle opportunité
s’offre à lui : «Un appartement de 90 m2 pour 3 000 F (460 euros).»
Il partagera ce logement pendant un an. «Mais je me suis réinscrit
sur Internet il y a une semaine car mon colocataire part pour
l’Espagne en septembre. Il faut que je trouve quelqu’un... vite
!» Quelqu’un «mais pas n’importe qui», s’empresse-t-il d’ajouter
pour avoir déjà essuyé quelques déboires avec son demi-frère.
Lequel, semble-t-il, n’avait pas la même conception de l’ordre
que lui. Inversement, être trop ordonné réserve parfois quelques
désagréments : «Quelqu’un est venu visiter. Il voulait que j’arrête
de fumer et en plus, il avait horreur de voir les gens. Mon contraire
en somme.» Sébastien n’est pourtant pas très exigeant. «Peu importe
que ça soit une fille ou un garçon. Bon, je préférerais un étudiant,
c’est sûr.» Surtout si, comme d’habitude, le couvre-feu est fixé
à deux heures du matin...
Pour Ludovic, 30 ans, partager un logement est dans l’air du temps :
«ça se développe depuis le Loft»
Depuis deux mois, Ludovic passe sa vie dans le train entre Maubeuge et Lille.
«Cent quatre-vingts kilomètres par jour, c’est harassant. C’est pourquoi j’essaye de trouver un appartement
dans les environs de Marcq-en-Baroeul où j’ai un emploi dans la grande distribution», explique ce grand
jeune homme de trente ans qui a déjà testé la colocation. «C’était quand j’étais étudiant, il y a cinq ans.
A l’époque, ce n’était pas très couru. Mais avec le Loft, ça s’est développé», analyse-t-il. En tant que
demandeur, Ludovic a visité trois appartements, « mais ça n’a pas abouti. J’ai été mis en concurrence.»
Tout vient à point...
Yann, 25 ans, aime rencontrer les gens... malgré les débordements :
«On en est venu aux poings !»
Etudiant en sciences cognitives, Yann ne conçoit pas la vie autrement qu’en colocation. «Pour les gens
un peu introvertis comme moi, la colocation permet de s’ouvrir aux autres. Rien que pour le contact social,
je la recommande chaudement».
Pourtant, lors de sa première colocation à Amiens, Yann n’avait pas emménagé avec des inconnus mais avec
deux amis proches, en couple. «Ça s’est relativement bien passé, malgré quelques tensions dans le couple.»
Un bémol cependant : «Entre amis, on a tendance à être un peu laxiste.
Par exemple, on reporte la vaisselle à plus tard. En revanche, vivre avec des inconnus oblige à faire davantage
d’efforts. Il s’agit de donner bonne impression !» Yann parle en connaissance de cause, puisqu’il a aussi vécu
avec trois jeunes professeurs stagiaires, « des gens calmes, ouverts, gentils, avec qui je n’ai eu aucun accroc.»
Ce qui n’a pas été le cas lors de sa troisième colocation.
Yann s’était à nouveau décider à emménager avec deux amis. Parmi eux, l’ancien colocataire
d’Amiens, et un bon copain qu’il fréquentait exclusivement pendant les soirées. «Or les tensions
naissent le plus souvent dans les situations de banalité, de la vie de tous les jours.
Avec l’individu en question, ça n’a pas raté. Déjà, il faisait exploser nos dépenses en téléphone et en
électricité, à tel point que nous avons eu affaire à un huissier. Ensuite, il refusait de participer aux
tâches ménagères, et laissait même tomber ses mégots par terre». Résultat : la colocation a viré à l’affrontement
physique ! Une expérience pénible et extrême, qui n’a pourtant pas découragé Yann, puisqu’il recherche de nouveaux
colocataires pour la rentrée de septembre.
Sandrine, professeur, a finalement rejeté l’idée de vivre en colocation :
«les garçons acceptent toujours»
Excepté en période de vacances, Sandrine, jeune professeur de 24 ans, n’a jamais
vraiment pratiqué la colocation.
Lorsqu’en avril 2002, elle dépose une demande de logement par Internet, elle subodore
les difficultés : «J’ai un chien et un chat. Je recherchais donc plutôt une maison», explique-t-elle.
Ses premiers appels téléphoniques sont couronnés de succès, «surtout quand je tombais sur des garçons.
Ils acceptaient tous mes critères de vie.» Presque trop beau pour être vrai.
Dernier contact en date il y a quelques semaines, «j’ai eu affaire à un dépressif qui venait de se séparer»,
se souvient-elle un rien amusée. Mais devant l’urgence, Sandrine s’est résolue à se trouver un appartement
pour elle seule. La colocation attendra.
J.Lx et V.D.